
« Mystic river» de Dennis LEHANE
Traduit de l’américain par Isabelle Maillet
Editions Payot&Rivages – 2002 – 405 pages
« Mystic River » est plus qu’un polar ou un roman noir, c’est une
œuvre complète à la construction remarquable, un livre sur la jeunesse brisée, les secrets et la culpabilité. Dennis Lehane nous conte pas une histoire mais plutôt trois qui vont s’entremêler dramatiquement. On commence le livre en 1975 avec trois ados, copains de jeux, mais de quartiers dissemblables de Boston, Sean habitait le « Point » là où on achetait, Jimmy et Dave habitaient les « Flats » là où on louait. Jimmy Marcus, gamin surexcité et
lunatique était prêt à toutes les bêtises risquées, et avait le don d’y entraîner les deux autres, Sean Devine par simple admiration et Dave Boyle pour se faire accepter. Leur vie va alors basculer quand deux types se faisant passer pour des flics embarquent Dave qu’on ne reverra plus pendant quatre jours. Il réapparaîtra subitement, prétendant s’être échappé, mais on ne saura jamais vraiment ce qui lui est arrivé, manifestement quelque chose de très traumatisant qui le coupera complètement du monde et donc de ses deux copains.
Le temps fait son œuvre enterrant les mauvais souvenirs, mais la disparition de la fille Jimmy Marcus, Katie, va les remettre en présence alors qu’ils sont adultes. Jimmy après des erreurs de jeunesse et la prison a perdu sa femme, a élevé Katie, s’est rangé et s’est remarié. Sean est devenu flic, il s’est marié, mais la pagaille qu’il a mise dans sa vie privée a fait fuir sa femme et déteint sur son travail. Quant à Dave, il a appris à s’arranger du « Destin », il galère dans son ménage mais sa femme Céleste est prête à tout pour sauver leur couple.
L’aventure de 1975 revient vite sur le tapis, elle trouve écho dans le drame qui les réunit à nouveau, surtout que Sean enquête sur le meurtre de Katie. Le temps a gommé leurs souvenirs d’amitié de jeunesse, mais était-ce vraiment de l’amitié ? Le ver est dans le fruit, le germe pourri déposé par le passé fait son œuvre. La violence sourde, elle monte d’un cran à chaque page, la ville est à deux doigts d’exploser. Mais la violence est surtout intérieure, elle vient de l’incapacité pour la parole de se frayer un chemin, chacun reste enfermé sur lui-même, que les secrets soient bien ou mal gardés.
Derrière ces trois fantômes humains, trois femmes s’activent dans l’ombre pour essayer de prendre part à leur existence. Lauren la femme de Sean l’appelle de jour comme de nuit, restant inlassablement muette derrière le combiné, forme d’agression morale pour Sean déjà en proie à ses idées noires. Annabeth et Céleste, cousines germaines issues d’une grande famille de mafieux, établissent le lien entre leurs maris tout en ajoutant une tension de plus à leur relation. Céleste, face à un mari énigmatique avec qui toute communication est impossible, ignorante du drame qu’il a vécu, sera aussi une victime malgré elle.
Il y a de la tragédie antique dans ce roman venant de l’inéluctabilité des situations et de la haine grandissante. On pensait lire un banal polar, il y avait un meurtre, une enquête, du suspense, mais la complexité psychologique et l’ambivalence des personnages, principaux ou secondaires, font que la résolution de l’enquête ne passera pas par les voix traditionnelles. Le passé est un personnage à part entière, il génère les angoisses du présent. Bravo à l’auteur, c’est un livre remarquablement écrit, et qui transcende le genre.
Traduit de l’américain par Isabelle Maillet
Editions Payot&Rivages – 2002 – 405 pages
« Mystic River » est plus qu’un polar ou un roman noir, c’est une
œuvre complète à la construction remarquable, un livre sur la jeunesse brisée, les secrets et la culpabilité. Dennis Lehane nous conte pas une histoire mais plutôt trois qui vont s’entremêler dramatiquement. On commence le livre en 1975 avec trois ados, copains de jeux, mais de quartiers dissemblables de Boston, Sean habitait le « Point » là où on achetait, Jimmy et Dave habitaient les « Flats » là où on louait. Jimmy Marcus, gamin surexcité et
lunatique était prêt à toutes les bêtises risquées, et avait le don d’y entraîner les deux autres, Sean Devine par simple admiration et Dave Boyle pour se faire accepter. Leur vie va alors basculer quand deux types se faisant passer pour des flics embarquent Dave qu’on ne reverra plus pendant quatre jours. Il réapparaîtra subitement, prétendant s’être échappé, mais on ne saura jamais vraiment ce qui lui est arrivé, manifestement quelque chose de très traumatisant qui le coupera complètement du monde et donc de ses deux copains.
Le temps fait son œuvre enterrant les mauvais souvenirs, mais la disparition de la fille Jimmy Marcus, Katie, va les remettre en présence alors qu’ils sont adultes. Jimmy après des erreurs de jeunesse et la prison a perdu sa femme, a élevé Katie, s’est rangé et s’est remarié. Sean est devenu flic, il s’est marié, mais la pagaille qu’il a mise dans sa vie privée a fait fuir sa femme et déteint sur son travail. Quant à Dave, il a appris à s’arranger du « Destin », il galère dans son ménage mais sa femme Céleste est prête à tout pour sauver leur couple.
L’aventure de 1975 revient vite sur le tapis, elle trouve écho dans le drame qui les réunit à nouveau, surtout que Sean enquête sur le meurtre de Katie. Le temps a gommé leurs souvenirs d’amitié de jeunesse, mais était-ce vraiment de l’amitié ? Le ver est dans le fruit, le germe pourri déposé par le passé fait son œuvre. La violence sourde, elle monte d’un cran à chaque page, la ville est à deux doigts d’exploser. Mais la violence est surtout intérieure, elle vient de l’incapacité pour la parole de se frayer un chemin, chacun reste enfermé sur lui-même, que les secrets soient bien ou mal gardés.
Derrière ces trois fantômes humains, trois femmes s’activent dans l’ombre pour essayer de prendre part à leur existence. Lauren la femme de Sean l’appelle de jour comme de nuit, restant inlassablement muette derrière le combiné, forme d’agression morale pour Sean déjà en proie à ses idées noires. Annabeth et Céleste, cousines germaines issues d’une grande famille de mafieux, établissent le lien entre leurs maris tout en ajoutant une tension de plus à leur relation. Céleste, face à un mari énigmatique avec qui toute communication est impossible, ignorante du drame qu’il a vécu, sera aussi une victime malgré elle.
Il y a de la tragédie antique dans ce roman venant de l’inéluctabilité des situations et de la haine grandissante. On pensait lire un banal polar, il y avait un meurtre, une enquête, du suspense, mais la complexité psychologique et l’ambivalence des personnages, principaux ou secondaires, font que la résolution de l’enquête ne passera pas par les voix traditionnelles. Le passé est un personnage à part entière, il génère les angoisses du présent. Bravo à l’auteur, c’est un livre remarquablement écrit, et qui transcende le genre.