
« LES FALSIFICATEURS »
ANTOINE BELLO
Gallimard – 2007 – 501 pages
Antoine Bello est un écrivain français qui bénéficie de par sa naissance le 25 mars 1970 à Boston (Massachusetts), d'un passeport américain[]. Il est le co-fondateur de la société Ubiqus. Son premier livre, Les Funambules en 1996, est un recueil de nouvelles, deux ans plus tard, il écrit Éloge de la pièce manquante, un roman policier qui se déroule dans le milieu fictif des professionnels du puzzle. Les Falsificateurs, le livre dont je vais vous parlez, a été publié en 2007, il a eu une suite en 2009 avec Les Éclaireurs qui a obtenu le Prix France Culture/Télérama et qui fit l’objet du précédent Comité de Lecture.
Dans ce premier volet, Sliv, jeune islandais recruté par Gunnar Eriksson comme chef de projet d’un grand Cabinet d’Etudes Environnementales à Reykjavik, pensait que de son job dépendrait la survie de la planète, mais sa première mission au Groenland lui fera découvrir de drôles d’irrégularités relevant de la falsification. Gunnar flaire le talent de Sliv, et l’incite à rejoindre le CFR (Consortium de Falsification du Réel), organisation secrète qui donne vie à des faits imaginaires par le biais de scénarios forgés de toutes pièces sur des bases historiques, et crédibles à l’échelle mondiale. Pour avoir son adhésion, il va piquer sa curiosité avec le scénario de Lena Thorsen, sur la migration d’un peuple fictif parti fonder une communauté grecque au Nebraska. Lena, en très bon agent, fabrique et contrôle ses sources du début à la fin de façon à ce qu’elles soient inattaquables, leurs chemins vont souvent se croiser, il y trouvera une ennemie, mais aussi un double et elle favorisera son émulation.
Manipuler l’Histoire, Sliv n’y vit d’abord qu’un côté ludique, mais pour son premier scénario, il allait devoir se surpasser, être ambitieux et compétitif. C’est la mort de Chemineau, éminent anthropologue spécialiste de l’Afrique Australe, qui lui donnera l’idée d’inventer aussi sa tribu par le biais d’une insertion complémentaire dans le manuscrit qui allait être publié à titre posthume. Restait le scénario, mais le milieu africain se prêtait à la falsification, car il véhiculait un imaginaire riche d’histoires fabuleuses, ce serait le combat des Bochimans contre une multinationale pour protéger leur territoire et leur gisement de diamants, le titre : Les diamants du Kalahari. Gunnar lui offre l’aide de Brioncet pour copier le style de Chemineau, du Département des Légendes de Berlin pour de fausses identités plausibles, et d’une équipe de six personnes en Inde afin de donner vie à sa fiction. Ce sera un succès récompensé.
Il avait l’impression de changer le monde, mais était-ce dans le bon sens du terme ? Et que dire des mobiles du CFR avec cette manipulation de l’inconscient collectif ? L’argent ou la garantie des libertés fondamentales ? Attirer l’attention sur un danger imaginaire pouvait peut être prévenir d’autres catastrophes bien réelles. Le héros va prendre goût à ce nouveau pouvoir, il va progresser dans les échelons, d’Islande nous le suivrons en Argentine puis en Sibérie. Tous les domaines seront abordés, l’économie, la finance, la géopolitique, et tous les arts en général avec des cas d’Histoire comme la falsification des archives de la Stasi, Christophe Colomb qui n'a jamais découvert l'Amérique, ou Laïka, la première chienne de l'espace, canular qui convint à tout le monde, servit l’émulation entre les USA et l’URSS et fit avancer la Science.
Antoine Bello à la manière d’un polar, nous emmène dans les méandres de la manipulation de l’information par des menteurs professionnels à l’imagination créatrice plus que fertile. A nous faire douter de toute info ! Science fiction ou anticipation ? Avec ce roman très bien documenté l’auteur sait se montrer convaincant, on est fasciné autant par sa façon de raconter des moments de l’histoire mondiale que par cette société secrète formatrice d’une élite servant la bonne cause. Un livre troublant mais remarquablement efficace qu’on a du mal à lâcher. Une déception au bout de 500 pages avec ces mots « à suivre », nous restons sur notre faim, il ne nous reste plus qu’à espérer que comme son titre l’indique « Les Eclaireurs » nous apporteront la lumière.
ANTOINE BELLO
Gallimard – 2007 – 501 pages
Antoine Bello est un écrivain français qui bénéficie de par sa naissance le 25 mars 1970 à Boston (Massachusetts), d'un passeport américain[]. Il est le co-fondateur de la société Ubiqus. Son premier livre, Les Funambules en 1996, est un recueil de nouvelles, deux ans plus tard, il écrit Éloge de la pièce manquante, un roman policier qui se déroule dans le milieu fictif des professionnels du puzzle. Les Falsificateurs, le livre dont je vais vous parlez, a été publié en 2007, il a eu une suite en 2009 avec Les Éclaireurs qui a obtenu le Prix France Culture/Télérama et qui fit l’objet du précédent Comité de Lecture.
Dans ce premier volet, Sliv, jeune islandais recruté par Gunnar Eriksson comme chef de projet d’un grand Cabinet d’Etudes Environnementales à Reykjavik, pensait que de son job dépendrait la survie de la planète, mais sa première mission au Groenland lui fera découvrir de drôles d’irrégularités relevant de la falsification. Gunnar flaire le talent de Sliv, et l’incite à rejoindre le CFR (Consortium de Falsification du Réel), organisation secrète qui donne vie à des faits imaginaires par le biais de scénarios forgés de toutes pièces sur des bases historiques, et crédibles à l’échelle mondiale. Pour avoir son adhésion, il va piquer sa curiosité avec le scénario de Lena Thorsen, sur la migration d’un peuple fictif parti fonder une communauté grecque au Nebraska. Lena, en très bon agent, fabrique et contrôle ses sources du début à la fin de façon à ce qu’elles soient inattaquables, leurs chemins vont souvent se croiser, il y trouvera une ennemie, mais aussi un double et elle favorisera son émulation.
Manipuler l’Histoire, Sliv n’y vit d’abord qu’un côté ludique, mais pour son premier scénario, il allait devoir se surpasser, être ambitieux et compétitif. C’est la mort de Chemineau, éminent anthropologue spécialiste de l’Afrique Australe, qui lui donnera l’idée d’inventer aussi sa tribu par le biais d’une insertion complémentaire dans le manuscrit qui allait être publié à titre posthume. Restait le scénario, mais le milieu africain se prêtait à la falsification, car il véhiculait un imaginaire riche d’histoires fabuleuses, ce serait le combat des Bochimans contre une multinationale pour protéger leur territoire et leur gisement de diamants, le titre : Les diamants du Kalahari. Gunnar lui offre l’aide de Brioncet pour copier le style de Chemineau, du Département des Légendes de Berlin pour de fausses identités plausibles, et d’une équipe de six personnes en Inde afin de donner vie à sa fiction. Ce sera un succès récompensé.
Il avait l’impression de changer le monde, mais était-ce dans le bon sens du terme ? Et que dire des mobiles du CFR avec cette manipulation de l’inconscient collectif ? L’argent ou la garantie des libertés fondamentales ? Attirer l’attention sur un danger imaginaire pouvait peut être prévenir d’autres catastrophes bien réelles. Le héros va prendre goût à ce nouveau pouvoir, il va progresser dans les échelons, d’Islande nous le suivrons en Argentine puis en Sibérie. Tous les domaines seront abordés, l’économie, la finance, la géopolitique, et tous les arts en général avec des cas d’Histoire comme la falsification des archives de la Stasi, Christophe Colomb qui n'a jamais découvert l'Amérique, ou Laïka, la première chienne de l'espace, canular qui convint à tout le monde, servit l’émulation entre les USA et l’URSS et fit avancer la Science.
Antoine Bello à la manière d’un polar, nous emmène dans les méandres de la manipulation de l’information par des menteurs professionnels à l’imagination créatrice plus que fertile. A nous faire douter de toute info ! Science fiction ou anticipation ? Avec ce roman très bien documenté l’auteur sait se montrer convaincant, on est fasciné autant par sa façon de raconter des moments de l’histoire mondiale que par cette société secrète formatrice d’une élite servant la bonne cause. Un livre troublant mais remarquablement efficace qu’on a du mal à lâcher. Une déception au bout de 500 pages avec ces mots « à suivre », nous restons sur notre faim, il ne nous reste plus qu’à espérer que comme son titre l’indique « Les Eclaireurs » nous apporteront la lumière.