dimanche 11 octobre 2009

IOURY de Pia Petersen


« IOURY » de Pia PETERSEN
Actes Sud – 359 pages - 01 /2009

Prix Marseillais du Polar (septembre 2009)
Ouvrage sélectionné sur 3 critères :
L'originalité du sujet, La qualité de l'écriture, Le plaisir de la lecture.


« Sa décision est prise… bientôt il ne pourra plus revenir en arrière, il ne pourra plus redevenir celui qu’il était avant ce soir… Elle n’aurait pas dû partir aussi tard…elle ne veut pas montrer qu’elle a peur…elle sent des mains sur ses épaules…il dit qu’il ne faut pas avoir peur. Il aurait pu ne pas la tuer, il avait le choix, mais il l’a tuée, voilà tout. »
Dans les quinze premières pages, tout est dit. L’art va devenir une arme à double tranchant, et la mort un mode d’expression.
Reste le « Pourquoi » ? C’est par sa compagne que l’on va essayer de comprendre Ioury, un artiste contemporain, propriétaire d’une galerie d’art, qui soudain est devenu secret, fait des cauchemars, sort la nuit sans raison et sans explication. Il lui cache quelque chose, c’est sûr, il est devenu tout à coup si indifférent et l’indifférence va tout détruire. Vivre avec un créateur n’est pas si simple, ils sont bizarres et ont une logique à part. Elle se pose des questions, mais n’arrive pas à lui poser la bonne question, elle l’épie malgré elle, persuadée que c’est son nouveau projet artistique qui le tourmente et dont il refuse de parler. Mais est elle vraiment sûre de vouloir savoir en quoi consiste le projet qui le met dans un tel état et dont il semble prisonnier. Seule piste, cette idée qui revient comme un leitmotiv, « nos choix sont de plus en plus contrôlés…on diminue l’espace libre pour empêcher la criminalité, et maintenant pour ma liberté, je dois défendre ou exiger le droit au crime ».
Elle avait commencé à écrire un livre sur le métier d’artiste, mais l’artiste est devenu Ioury, ce devait être un roman, mais ses pensées vont lui échapper et ce sera un journal, elle aura toujours à portée de main son calepin pour noter ses impressions. Au fil des pages elle va nous nous distiller ses angoisses, nous faire partager ses soupçons, et les questions vont souvent dépasser les réponses. La découverte de l’ébauche de sa première toile avec un meurtre au centre et les deux crimes non élucidés dont parlent les journaux, vont faire que ses doutes vont pencher vers une certitude avec refus d’y croire, « je vivais avec un artiste, puis quelque chose a changé et je me retrouve avec un assassin potentiel ». Elle n’arrive pas a y croire, un artiste raffiné comme Ioury, c’est un créateur pas un tueur et sa vision du monde ne justifie pas tout, surtout le sacrifice au nom d’une idée. Elle aurait préféré qu’il y ait une autre femme, un problème ordinaire avec juste de la souffrance, et non pas une question de morale. Ira-t elle jusqu’au bout de son amour pour lui ? Elle reste avec ses doutes, « douter permet d’espérer, et espérer est comme une manière de vivre.
Pia Petersen, native du Danemark, se partage entre Paris et Marseille, auteur déjà de quatre romans, elle a la particularité d’écrire en français. Dès le début, Iouri revendiquant le droit au crime au nom de la liberté, la fin est prévisible, mais l’auteur va faire durer le suspense grâce à la montée en puissance des soupçons chez l’héroïne. Impossible d’ailleurs de ne pas penser au formidable livre de Laura Grimaldi « Le Soupçon ». L'écriture de Pia Petersen est sobre, ses phrases sont courtes, et son style littéraire correspond bien au mécanisme du doute.
Captivant jusqu’au bout, ce roman noir a l’allure d’un thriller psychologique d’où son « Prix Marseillais du Polar.

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