dimanche 1 novembre 2009


« LES FALSIFICATEURS »
ANTOINE BELLO
Gallimard – 2007 – 501 pages


Antoine Bello est un écrivain français qui bénéficie de par sa naissance le 25 mars 1970 à Boston (Massachusetts), d'un passeport américain[]. Il est le co-fondateur de la société Ubiqus. Son premier livre, Les Funambules en 1996, est un recueil de nouvelles, deux ans plus tard, il écrit Éloge de la pièce manquante, un roman policier qui se déroule dans le milieu fictif des professionnels du puzzle. Les Falsificateurs, le livre dont je vais vous parlez, a été publié en 2007, il a eu une suite en 2009 avec Les Éclaireurs qui a obtenu le Prix France Culture/Télérama et qui fit l’objet du précédent Comité de Lecture.
Dans ce premier volet, Sliv, jeune islandais recruté par Gunnar Eriksson comme chef de projet d’un grand Cabinet d’Etudes Environnementales à Reykjavik, pensait que de son job dépendrait la survie de la planète, mais sa première mission au Groenland lui fera découvrir de drôles d’irrégularités relevant de la falsification. Gunnar flaire le talent de Sliv, et l’incite à rejoindre le CFR (Consortium de Falsification du Réel), organisation secrète qui donne vie à des faits imaginaires par le biais de scénarios forgés de toutes pièces sur des bases historiques, et crédibles à l’échelle mondiale. Pour avoir son adhésion, il va piquer sa curiosité avec le scénario de Lena Thorsen, sur la migration d’un peuple fictif parti fonder une communauté grecque au Nebraska. Lena, en très bon agent, fabrique et contrôle ses sources du début à la fin de façon à ce qu’elles soient inattaquables, leurs chemins vont souvent se croiser, il y trouvera une ennemie, mais aussi un double et elle favorisera son émulation.
Manipuler l’Histoire, Sliv n’y vit d’abord qu’un côté ludique, mais pour son premier scénario, il allait devoir se surpasser, être ambitieux et compétitif. C’est la mort de Chemineau, éminent anthropologue spécialiste de l’Afrique Australe, qui lui donnera l’idée d’inventer aussi sa tribu par le biais d’une insertion complémentaire dans le manuscrit qui allait être publié à titre posthume. Restait le scénario, mais le milieu africain se prêtait à la falsification, car il véhiculait un imaginaire riche d’histoires fabuleuses, ce serait le combat des Bochimans contre une multinationale pour protéger leur territoire et leur gisement de diamants, le titre : Les diamants du Kalahari. Gunnar lui offre l’aide de Brioncet pour copier le style de Chemineau, du Département des Légendes de Berlin pour de fausses identités plausibles, et d’une équipe de six personnes en Inde afin de donner vie à sa fiction. Ce sera un succès récompensé.
Il avait l’impression de changer le monde, mais était-ce dans le bon sens du terme ? Et que dire des mobiles du CFR avec cette manipulation de l’inconscient collectif ? L’argent ou la garantie des libertés fondamentales ? Attirer l’attention sur un danger imaginaire pouvait peut être prévenir d’autres catastrophes bien réelles. Le héros va prendre goût à ce nouveau pouvoir, il va progresser dans les échelons, d’Islande nous le suivrons en Argentine puis en Sibérie. Tous les domaines seront abordés, l’économie, la finance, la géopolitique, et tous les arts en général avec des cas d’Histoire comme la falsification des archives de la Stasi, Christophe Colomb qui n'a jamais découvert l'Amérique, ou Laïka, la première chienne de l'espace, canular qui convint à tout le monde, servit l’émulation entre les USA et l’URSS et fit avancer la Science.
Antoine Bello à la manière d’un polar, nous emmène dans les méandres de la manipulation de l’information par des menteurs professionnels à l’imagination créatrice plus que fertile. A nous faire douter de toute info ! Science fiction ou anticipation ? Avec ce roman très bien documenté l’auteur sait se montrer convaincant, on est fasciné autant par sa façon de raconter des moments de l’histoire mondiale que par cette société secrète formatrice d’une élite servant la bonne cause. Un livre troublant mais remarquablement efficace qu’on a du mal à lâcher. Une déception au bout de 500 pages avec ces mots « à suivre », nous restons sur notre faim, il ne nous reste plus qu’à espérer que comme son titre l’indique « Les Eclaireurs » nous apporteront la lumière.

dimanche 11 octobre 2009

IOURY de Pia Petersen


« IOURY » de Pia PETERSEN
Actes Sud – 359 pages - 01 /2009

Prix Marseillais du Polar (septembre 2009)
Ouvrage sélectionné sur 3 critères :
L'originalité du sujet, La qualité de l'écriture, Le plaisir de la lecture.


« Sa décision est prise… bientôt il ne pourra plus revenir en arrière, il ne pourra plus redevenir celui qu’il était avant ce soir… Elle n’aurait pas dû partir aussi tard…elle ne veut pas montrer qu’elle a peur…elle sent des mains sur ses épaules…il dit qu’il ne faut pas avoir peur. Il aurait pu ne pas la tuer, il avait le choix, mais il l’a tuée, voilà tout. »
Dans les quinze premières pages, tout est dit. L’art va devenir une arme à double tranchant, et la mort un mode d’expression.
Reste le « Pourquoi » ? C’est par sa compagne que l’on va essayer de comprendre Ioury, un artiste contemporain, propriétaire d’une galerie d’art, qui soudain est devenu secret, fait des cauchemars, sort la nuit sans raison et sans explication. Il lui cache quelque chose, c’est sûr, il est devenu tout à coup si indifférent et l’indifférence va tout détruire. Vivre avec un créateur n’est pas si simple, ils sont bizarres et ont une logique à part. Elle se pose des questions, mais n’arrive pas à lui poser la bonne question, elle l’épie malgré elle, persuadée que c’est son nouveau projet artistique qui le tourmente et dont il refuse de parler. Mais est elle vraiment sûre de vouloir savoir en quoi consiste le projet qui le met dans un tel état et dont il semble prisonnier. Seule piste, cette idée qui revient comme un leitmotiv, « nos choix sont de plus en plus contrôlés…on diminue l’espace libre pour empêcher la criminalité, et maintenant pour ma liberté, je dois défendre ou exiger le droit au crime ».
Elle avait commencé à écrire un livre sur le métier d’artiste, mais l’artiste est devenu Ioury, ce devait être un roman, mais ses pensées vont lui échapper et ce sera un journal, elle aura toujours à portée de main son calepin pour noter ses impressions. Au fil des pages elle va nous nous distiller ses angoisses, nous faire partager ses soupçons, et les questions vont souvent dépasser les réponses. La découverte de l’ébauche de sa première toile avec un meurtre au centre et les deux crimes non élucidés dont parlent les journaux, vont faire que ses doutes vont pencher vers une certitude avec refus d’y croire, « je vivais avec un artiste, puis quelque chose a changé et je me retrouve avec un assassin potentiel ». Elle n’arrive pas a y croire, un artiste raffiné comme Ioury, c’est un créateur pas un tueur et sa vision du monde ne justifie pas tout, surtout le sacrifice au nom d’une idée. Elle aurait préféré qu’il y ait une autre femme, un problème ordinaire avec juste de la souffrance, et non pas une question de morale. Ira-t elle jusqu’au bout de son amour pour lui ? Elle reste avec ses doutes, « douter permet d’espérer, et espérer est comme une manière de vivre.
Pia Petersen, native du Danemark, se partage entre Paris et Marseille, auteur déjà de quatre romans, elle a la particularité d’écrire en français. Dès le début, Iouri revendiquant le droit au crime au nom de la liberté, la fin est prévisible, mais l’auteur va faire durer le suspense grâce à la montée en puissance des soupçons chez l’héroïne. Impossible d’ailleurs de ne pas penser au formidable livre de Laura Grimaldi « Le Soupçon ». L'écriture de Pia Petersen est sobre, ses phrases sont courtes, et son style littéraire correspond bien au mécanisme du doute.
Captivant jusqu’au bout, ce roman noir a l’allure d’un thriller psychologique d’où son « Prix Marseillais du Polar.

dimanche 4 octobre 2009

Là où les tigres sont chez eux de Jean Marie BLAS DE ROBLES


Jean-Marie Blas de Roblès
"Là où les tigres sont chez eux"
Editions Zulma - 784 pages

Prix Médicis 2008

Prix du roman Fnac 2008

Prix du Jury Jean Giono




Au Bresil, Eléazard Von Vogau avait choisi de rester à Alcantara malgré le départ de sa femme Elaine et de sa fille Moéma. Pour essayer d’oublier, il va accepter de travailler sur un manuscrit inédit du 17ème siècle, « La vie d’Athanase Kircher » de Caspar Schott, sorte de dérivatif l’obligeant à une concentration et une persévérance thérapeutique.
Le personnage principal de ce manuscrit va donc devenir le héros du roman de Blas de Roblès, un père jésuite allemand né en 1602, contemporain de Descartes et Galilée, théologien, savant polygraphe et baroque, qui a écrit sur tout et s’est trompé sur beaucoup. Sa mémoire était prodigieuse, sans s’aider d’aucune note il pouvait citer la plupart de ses sources, ou se livrer à des calculs très complexes. Cette érudition, malgré sa jeunesse, lui ouvrit de nombreuses portes dans toute l’Europe, pour finir en Italie sous l’égide du Vatican. Sa vie nous sera contée par son disciple Caspar, sorte de candide en adoration devant le maître.
Ce roman est construit comme un livre chorale, car en suivant le parcours de Kircher par l’intermédiaire d’Eléazard, nous suivrons aussi plusieurs personnages du Brésil actuel. On passera du 17ème (l’auteur en gardera d’ailleurs l’esprit en employant l’esperluette « & » en vigueur dans les manuscrits de l’époque) à notre siècle au gré des chapitres, voir même des paragraphes, sans aucune gêne, l’ensemble dressant un parallèle entre deux époques de profondes mutations et de remises en questions sur les sciences et les croyances.
Pour la partie contemporaine, on suivra bien sûr Eléazard dans ses réflexions sur la vie d’Athanase et dans ses doutes sur l’utilité de son travail. Qu’aimait-il chez Kircher sinon ce qui le fascinait lui-même, l’esprit de la découverte. Par contre s’il regrettait sa femme, il était prêt à succomber aux charmes de Lorédana, mystérieuse italienne qui elle, le trouvait rassurant jusque dans sa manière de douter.
Quant à sa femme Elaine, elle s’était éloignée d’ Eléazard par réflexe de survie, elle lui reprochait son cynisme et lui en voulait de ne plus croire en rien. Son échappatoire sera de se lancer dans une expédition dans le Matto Grosso à la recherche d’un fossile précambrien. Elle sera accompagnée de deux sommités de la faculté et de Mauro son meilleur étudiant. Ils embarqueront sur « Le Messager de la foi », canonnière de fortune appartenant à un ancien réfugié nazi, Petersen. Cette expédition ne sera pas de tout repos, aura des allures de descente aux enfers mais aussi de retour aux sources.
Moéma, leur fille, suite à leur séparation, alla poursuivre ses études à Fortaleza. Elle avait choisi de vivre une vie débridée, elle entretenait sa petite amie Thaïs et se shootait aux frais de son père. Elle nous fera découvrir un Brésil peu connu, grâce à des incursions dans des villages perdus, oubliés de tous. Elle initiera un de ses profs, Roetgen, à l’extase sous toutes ses formes, et lui donnera l’occasion de participer à une pêche inoubliable dans un port du bout du monde.
On suivra l’histoire de Nelson qu’on surnommait « L’allégé » à cause de son handicap : entier jusqu’au bas ventre, il n’était allégé que des membres inférieurs…il était né à genoux avec les os de chaque jambe soudés ensemble et terminés par des moignons de pieds. Il se déplaçait comme un animal en s’aidant avec les bras, et faisait la manche avec le rêve de se payer un jour un fauteuil roulant. Il avait pour protecteur Ze, sorte d’abbé Pierre brésilien, et avec eux on découvrira l’enfer des favelas où la faim poussait à toutes les horreurs, et où l’aide au tiers monde était résumée par Ze, comme « du fric qu’on prend aux pauvres des pays riches pour donner aux riches des pays pauvres ». Le premier à se servir était bien le gouverneur Moreira, un être cupide et sans scrupules, prêt à tout pour convertir une presqu’île en centre super luxe, et responsable de la mort du père de Nelson.
Difficile de résumer un tel roman où tout s’entrecroise à nous en donner parfois le tournis… L’auteur fera d’ailleurs dire à Loredana quand Eléazard doute à propos du livre sur Kircher : « une simple notice de quelques lignes peut toucher plus juste que 800 pages consacrées au même individu ». On aura tendance à se poser la même question quant à ce livre. Surtout que ce roman ne se lit pas si facilement que ça...il faut assimiler certains passages aux réflexions philosophiques parfois ardues, et autant la période contemporaine est passionnante, autant la partie Kircher traîne un peu en longueur.
Ce roman, par le mélange de styles en fonction des circonstances, des personnages, et de l’époque où ils évoluent, frise tous les genres littéraires : roman historique, d’aventures, initiatique, mais aussi le roman noir et la fable sociale, une véritable épopée qui donne une idée d’universalité. Pour une part optimiste, cette aventure humaine en quête des origines, de la vérité et du sens de la vie s’imprègne vite de pessimisme car les croyances en un idéal sont souvent trompeuses surtout dans nos sociétés de consommation, où cupidité, hypocrisie, et faire valoir prennent vite le dessus, et là, Jean Marie Blas de Roblès aurait pu éviter certains clichés tout faits.
L'auteur a travaillé dix ans sur ce livre et presque mis autant de temps pour le publier, j’espère que « Là où les tigres sont chez eux » bravera le temps pour finir comme un classique. En tout cas, pour moi j’ai fini son livre épuisée, un peu déçue par la fin, mais ravie et au final enrichie. Il ne faut surtout pas bouder son plaisir à le lire.

Darling Jim de Christian MORK



DARLING JIM de Christian MORK
Traduit de l’américain par Agnès Jaubert
Editions Le Serpent à plumes
Mai 2009 – 382 pages




Lorsque Desmond, facteur un peu trop curieux du quartier de Malahide à Dublin, fera la macabre découverte des corps de Moira et de ses deux nièces Fiona et Roisin, sauvagement assassinées, il en perdra la raison, mais lorsque Niall, dessinateur amateur de BD, affecté aux rebuts à la poste, découvrira le journal écrit par Fiona lors de sa séquestration, il n’aura de cesse de récupérer le journal de sa sœur Roisin, et de comprendre pourquoi elles en étaient arrivées là. Car si la cause des meurtres reste un mystère pour la police, il ne fait aucun doute que les deux sœurs ont été séquestrées et empoisonnées par leur tante avant qu’elles ne se décident à la tuer. Comment peut on arriver à emprisonner sa propre famille avant de la supprimer? Pour découvrir la vérité et recoller les morceaux du puzzle, Niall va devoir souffrir, se faire rosser, menacer, renvoyer sans parler du reste !!!
L’origine du drame se situe dans une petite ville du comté de Cork en Irlande, où les traditions sont encore très fortes et où les légendes font la joie des conteurs, les « seanchai », le soir dans les pubs enfumés. Nous suivrons l’histoire des sœurs Walsh, elles sont trois, ont perdu leur parents très jeunes et ont été élevées par leur tante Moira. Elles ont chacune un charme certain et une personnalité très prononcée, Roisin, de style gothique est fondue de radio-cb, sa jumelle Aoife, chauffeur de taxi est secrète et insaisissable, quant à l’aînée Fiona, prof spécialiste des pyramides, elle reste la protectrice de la famille.
Leur histoire va tourner au drame lorsque Fiona va rencontrer le regard de Jim Quick. Elle dira « Tout est de ma faute, si je n’avais remarqué ce beau motard sur sa machine si sexy…d’un seul regard il m’a transpercée et m’a volé mon âme ». C’est pour ce regard qu’elles vont devenir des meurtrières et se retrouvées liées à jamais dans le crime. Il faut dire que Jim a la beauté aussi ravageuse que vénéneuse, il arpente l’Irlande sur sa belle moto rouge et va de pub en pub exercer ses talents de conteur avec la légende d’un prince cruel métamorphosé en loup par magie. Inquiétant et fascinant à la fois, c’est un vrai prédateur comme le loup de son histoire. Il rencontre tout d’abord Fiona, puis ses deux sœurs, Rόisín et Aoife, et enfin leur tante Moira, mais quelle est la face cachée de Jim Quick car la mort n’est jamais loin quand il est dans les parages…
La grande qualité de ce roman tient dans sa construction, le récit d’un même évènement sous des points de vue différents : la découverte du drame par Desmond, la découverte du journal par Niall, son aventure pour découvrir l’engrenage infernal qui s’est construit autour des sœurs Walsh, les journaux intimes de Fiona et de Rόisín, et le conte raconté par Jim Quick, sorte d’histoire dans l’histoire. On appréciera la richesse des personnages et la façon dont l’auteur se met dans la peau de ses héroïnes féminines.
Entre études de mœurs et fantastique, l’alchimie est réussie pour ce livre à facettes qui fait frémir de plaisir. Darling Jim est un roman noir à dévorer.
L’auteur lui-même semble un conteur né. Christian Mork est un danois installé aux USA, il a travaillé dix ans comme scénariste pour le cinéma mais se consacre désormais à l'écriture. Il a comme particularité d’écrire ses livres en anglais, puis de les traduire lui-même en danois, car il publie ses livres tout d’abord dans son pays natal. C’est pour cette raison que nous profitons seulement de son deuxième roman alors qu’il en est à son quatrième.

dimanche 28 juin 2009

BORIS VIAN


Un petit hommage à Boris Vian
"En verve et contre tout"

EXTRAITS :

Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots.
Et si les mots étaient faits pour ça ?
Les Bâtisseurs d'empire
C'est drôle comme les gens qui se croient instruits éprouvent le besoin de faire chier le monde.
Les fourmis
Ce qui m'intéresse, ce n'est pas le bonheur de tous les hommes, c'est le bonheur de chacun.
L'écume des jours
Il y a deux façons d'enculer les mouches : Avec ou sans leur consentement.
Cantilènes en gelée
Je ne sais pas ce qui est beau, mais je sais ce que j'aime et je trouve ça amplement suffisant.
Jazz Hot
Ça m'est égal d'être laide ou belle. Il faut seulement que je plaise aux gens qui m'intéressent.
L'Herbe rouge
Il vaut mieux être déçu que d'espérer dans le vague.
L'Herbe rouge
Une solution qui vous démolit vaut mieux que n'importe quelle incertitude.
L'Herbe rouge
Pour qu'il y ait passion, il faut que l'union soit brutale, que l'un des corps soit très avide de ce dont il est privé et que l'autre possède en très grande quantité.
L'herbe rouge
Il y a deux façons de ne plus avoir envie de rien : Avoir ce qu'on voulait ou être découragé parce qu'on ne l'a pas.
L'Herbe rouge
Mieux vaudrait apprendre à faire l'amour correctement que de s'abrutir sur un livre d'histoire. L'Herbe rouge

CITATIONS :

Un homme digne de ce nom ne fuit jamais. Fuir, c'est bon pour les robinets.
On se rappelle beaucoup mieux les bons moments :
Alors, à quoi servent les mauvais ?
Quand on se voit milliardaire, on se voit toujours entrain de dépenser le milliard,
Jamais de le gagner.
Le désert est la seule chose qui ne puisse être détruite que par construction.
C'est bien plus difficile de parler quand on n'est pas habillé.
Essaie donc d'être sérieux sans pantalon !
Ne sachant à quel sein me vouer, j'ai choisi le plus confortable, le gauche de Marilyn Monroe.
La langue est un organe sexuel dont on se sert occasionnellement pour parler.
La femme est ce que l'on a trouvé de mieux pour remplacer l'homme quand on a la déveine de ne pas être pédéraste.
Le problème avec les gens intelligents, c'est qu'ils ne sont jamais assez intelligents pour ne pas dire qu'ils sont les plus intelligents.
L'argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n'en ont pas.
On n’oublie rien de ce qu’on veut oublier : C’est le reste qu’on oublie.
Laisser la littérature aux mains des imbéciles… c'est laisser la science aux mains des militaires.
Dire des idioties, de nos jours où tout le monde réfléchit profondément, c'est le seul moyen de prouver qu'on a une pensée LIBRE et INDEPENDANTE.

lundi 23 mars 2009

Un Secret de Philippe Grimbert






Philippe GRIMBERT
« UN SECRET »
Editions Grasset
Roman – Avril 2004 – 191 pages




Philippe Grimbert est né en 1948 à Paris, après des études de psychologie et des années passées en analyse il devient lui même psychanalyste et se définit volontiers comme « déchiffreur et défricheur de secrets ». Il a publié plusieurs essais, Psychanalyse de la chanson, Pas de fumée sans Freud, Evitez le Divan, Chantons sous la psy et un premier roman en 2001, La Petite robe de Paul chez Grasset. Un secret, est son second roman, son titre est sans ambiguïté car il y dévoile le secret de ses parents. Il va d’ailleurs attendre leur disparition pour se livrer de façon plus qu’intime dans cette fiction quasi autobiographique.
Un jeune garçon, honteux d’être fils unique, se sentant coupable sans en connaître la cause, va s’inventer un frère de toutes pièces. Ce frère invisible sera le reflet de ses parents rompus aux disciplines de l’athlétisme alors que lui-même est un gamin à l’anatomie plutôt défaillante. Des dires de sa famille, bien française de nom et de religion, ne ressortiront que des bribes d’un passé flou et le nom d’un village St Gaultier dans l’Indre. C’est là que ses parents, Maxime et Tania, son oncle et sa tante, Georges et Esther, ainsi que Louise l’amie de la famille, s’y étaient réfugiés quand les menaces de réquisition les avaient obligé à franchir la ligne de démarcation. Ils associaient ce village à des années de sérénité durant la tourmente, comme si St Gaultier avait été détourné des horreurs et des humiliations des envahisseurs. Comme il s’était inventé un frère, il s’inventera la rencontre idyllique de ses parents.
Chétif de naissance, il ne deviendra jamais le sportif rêvé par son père, mais un élève studieux toujours fourré dans ses bouquins et ses cahiers où il remplissait des pages entières de récits de son invention. Il se sentait plus proche de Louise, elle-même disgracieuse, affublée d’un pied bot, mais douée pour les massages réparateurs, il se reconnaissait en elle, et lui confiait volontiers ses secrets. Le lendemain de ses quinze ans, tout basculera, l’horreur d’un documentaire sur les camps de concentration et le rire d’un camarade qui disait « Chiens de Juifs » avec l’accent allemand déclenchera en lui une rage noire et un désir qui ne lui ressemblait pas, celui de tuer. C’est d’ailleurs à Louise, et à elle seule, qu’il réussit à dire la vérité. En larmes, elle allait décider de se défaire de son serment, l’histoire de ses parents de limpide allait devenir sinueuse, et leurs silences allaient devenir secrets et mensonges. Au fur et à mesure, une seconde histoire va naître nourrie par les révélations de Louise.
Elle allait tourner les pages d’un livre qui n’avait encore jamais été feuilleté, et d’où sortiront deux noms, Simon et Hannah, effacés une première fois par la haine des bourreaux et une deuxième fois par l’amour de leur proche. Egalement effacées ces deux lettres de son nom, un « m » pour un « n » et un « t » pour un « g » qui seront des cicatrices indélébiles de cette période où comme dira l’auteur, le mot « aime » avait recouvert le mot « haine ». Ces révélations allaient lui permettre de renaître, les fantômes ayant desserré leur étreinte. Il y gagnera un frère bien réel, mais il apprendra qu’on ne gagne jamais contre la mort, il se taira lui aussi, par amour pour ses parents.
C’est un roman sur la honte et la culpabilité des juifs générées par le nazisme, et sur la survie par le mensonge, un choix que les parents du narrateur ont fait vis-à-vis de leur fils. Philippe Grimbert analyse avec justesse les blessures enfantines qu’ont généré tous ces secrets et nous livre ici une part intime de lui-même. Le ressort principal de ce drame vient de la façon dont l’auteur déroule le fil de son secret, une première partie écrite au passé par le narrateur adulte avec des mots simples pour une enfance faite de certitudes et de rêveries et une deuxième partie écrite au présent pour décrire ce lourd passé et pour mieux restituer les émotions et le vacillement intérieur du narrateur. C'est une histoire très personnelle mais bouleversante et qui nous captive du début jusqu'à la fin. Un grand roman qui a reçu le prix Goncourt des lycéens 2004 et le prix des lectrices de Elle 2005.

vendredi 13 mars 2009

Mystic River de Dennis LEHANE


« Mystic river» de Dennis LEHANE
Traduit de l’américain par Isabelle Maillet
Editions Payot&Rivages – 2002 – 405 pages


« Mystic River » est plus qu’un polar ou un roman noir, c’est une
œuvre complète à la construction remarquable, un livre sur la jeunesse brisée, les secrets et la culpabilité. Dennis Lehane nous conte pas une histoire mais plutôt trois qui vont s’entremêler dramatiquement. On commence le livre en 1975 avec trois ados, copains de jeux, mais de quartiers dissemblables de Boston, Sean habitait le « Point » là où on achetait, Jimmy et Dave habitaient les « Flats » là où on louait. Jimmy Marcus, gamin surexcité et
lunatique était prêt à toutes les bêtises risquées, et avait le don d’y entraîner les deux autres, Sean Devine par simple admiration et Dave Boyle pour se faire accepter. Leur vie va alors basculer quand deux types se faisant passer pour des flics embarquent Dave qu’on ne reverra plus pendant quatre jours. Il réapparaîtra subitement, prétendant s’être échappé, mais on ne saura jamais vraiment ce qui lui est arrivé, manifestement quelque chose de très traumatisant qui le coupera complètement du monde et donc de ses deux copains.
Le temps fait son œuvre enterrant les mauvais souvenirs, mais la disparition de la fille Jimmy Marcus, Katie, va les remettre en présence alors qu’ils sont adultes. Jimmy après des erreurs de jeunesse et la prison a perdu sa femme, a élevé Katie, s’est rangé et s’est remarié. Sean est devenu flic, il s’est marié, mais la pagaille qu’il a mise dans sa vie privée a fait fuir sa femme et déteint sur son travail. Quant à Dave, il a appris à s’arranger du « Destin », il galère dans son ménage mais sa femme Céleste est prête à tout pour sauver leur couple.
L’aventure de 1975 revient vite sur le tapis, elle trouve écho dans le drame qui les réunit à nouveau, surtout que Sean enquête sur le meurtre de Katie. Le temps a gommé leurs souvenirs d’amitié de jeunesse, mais était-ce vraiment de l’amitié ? Le ver est dans le fruit, le germe pourri déposé par le passé fait son œuvre. La violence sourde, elle monte d’un cran à chaque page, la ville est à deux doigts d’exploser. Mais la violence est surtout intérieure, elle vient de l’incapacité pour la parole de se frayer un chemin, chacun reste enfermé sur lui-même, que les secrets soient bien ou mal gardés.
Derrière ces trois fantômes humains, trois femmes s’activent dans l’ombre pour essayer de prendre part à leur existence. Lauren la femme de Sean l’appelle de jour comme de nuit, restant inlassablement muette derrière le combiné, forme d’agression morale pour Sean déjà en proie à ses idées noires. Annabeth et Céleste, cousines germaines issues d’une grande famille de mafieux, établissent le lien entre leurs maris tout en ajoutant une tension de plus à leur relation. Céleste, face à un mari énigmatique avec qui toute communication est impossible, ignorante du drame qu’il a vécu, sera aussi une victime malgré elle.
Il y a de la tragédie antique dans ce roman venant de l’inéluctabilité des situations et de la haine grandissante. On pensait lire un banal polar, il y avait un meurtre, une enquête, du suspense, mais la complexité psychologique et l’ambivalence des personnages, principaux ou secondaires, font que la résolution de l’enquête ne passera pas par les voix traditionnelles. Le passé est un personnage à part entière, il génère les angoisses du présent. Bravo à l’auteur, c’est un livre remarquablement écrit, et qui transcende le genre.

samedi 3 janvier 2009

Fred VARGAS & "Un lieu incertain" 2008





FRED VARGAS

Pourquoi Vargas ? Un univers qui me plait, hors normes, loin des concepts habituels du roman policier même si souvent le Commissaire Adamsberg en est le policier récurent. Mon premier Vargas fut « Sous les vents de Neptune », pris sur les conseils d’un libraire à sa sortie en 2004, sous le charme, j’ai enchaîné par « L’homme à l’envers » et depuis j’ai recherché tous ses autres livres et acheté ses nouveaux. Curieusement ma dernière acquisition est son tout premier, « Les jeux de l’amour et de la mort » aux Editions du Masque. Même s’il est de facture plus classique par rapport à son œuvre à venir, il obtint quand même le prix Cognac en 1986. Un bon présage.
Depuis, son éditeur fétiche est Vivian Hamy et elle ne l’a plus quittée.
De son vrai nom Frédérique Audoin-Rouzeau, née le 7 juin 1957, Fred Vargas adoptera le même pseudonyme que sa sœur jumelle Joëlle, artiste peintre sous le nom de Jo Vargas. Un nom qui est connu des cinéphiles, car Maria Vargas est le nom du personnage joué par Ava Gardner, dans le film « la Comtesse aux pieds nus » de Joseph L. Mankiewicz.
Elle se passionne très jeune pour l’archéologie et, après le bac, elle fait des études d’histoire, d’abord la préhistoire, puis le Moyen Âge, des périodes qui l’inspireront et donneront de beaux portraits comme ces historiens farfelus surnommés les « évangélistes », qu’on ne voit d’ailleurs plus depuis les « Adamsberg », dommage !!. Petit à petit, elle va construire un monde romanesque très personnel à la limite de l’irrationnel qu’elle intègrera judicieusement au monde du polar. Avec Vargas, dans ses « rompol » comme elle se plaît à les nommer, on à l’impression d’être en permanence sur un site fouilles. Il y a toujours un truc insolite voir irrationnel qui démarre chaque intrigue, des cercles bleus sur les trottoirs, un arbre inconnu du jour au lendemain, un os humain dans des déchets canins, un loup garou, des croix sur les portes, des rats porteur de la peste, des tridents meurtriers, un cerf éventré en Normandie, des pieds coupés aux portes d’un cimetière…Il faudra alors creuser pour mettre à jour des vestiges du passé, souvent des ossements, répertorier tout çà dans un coin du cerveau d’Adamsberg où cohabite facilement l’utile et l’inutile, suivre des pistes impensables pour le commun des mortels avec cadavres à la clé évidemment, et assister aux confrontations entre les « Pourquoi » précis de Danglard, et les « Je ne sais pas » nonchalants du commissaire.
L’univers de Vargas relève des contes fantastiques et des peurs bleues de notre enfance, ce qui donne des romans nocturnes voire lunaires comme ses personnages.
Son œuvre policière riche déjà de onze romans (1) a tout pour attirer les metteurs en scène, pour l’instant ce fut le cinéma avec « Pars vite et reviens tard » de Régis Wargnier avec José Garcia en Adamsberg, une réussite mitigée, et la télévision avec « Sous les vents de Neptune » de Josée Dayan avec Jean-Hugues Anglade dans le rôle du commissaire, une très bonne adaptation et un Adamsberg conforme à ce que j’en attendais.



(1) les Jeux de l'amour et de la mort, 1986 ; l'Homme aux cercles bleus, 1991 ; Ceux qui vont mourir te saluent, 1994 ; Debout les morts, 1995 ; Un peu plus loin sur la droite, 1996 ; Sans feu ni lieu, 1997 ; l'Homme à l'envers, 1999 ; Pars vite et reviens tard, 2001 ; Sous les vents de Neptune, 2004 ; Dans les bois éternels, 2006 ; Et son dernier livre :

« Un lieu incertain » chez Viviane Hamy - 06 /2008 – 385 pages

On démarre ce dernier Vargas avec un commissaire en plein repassage, d’humeur maussade, préparant son départ pour Londres, peu réjoui d’assister à un colloque sur les flux migratoires surtout dans ce pays dont il n’a pu mémoriser la langue. Pour son adjoint Danglard, anglophile, l’anxiété venait plutôt de franchir la Manche par le Tunnel, quoique, vu sa phobie des voyages,
l’avion lui aurait sûrement généré le même stress.
Foutu colloque où rester assis, mettait les nerfs d’Adamsberg à rude épreuve, «le pelleteur de nuages» était en manque d’errances solitaires, cela brisait son flegme. Il apprécia donc la ballade nocturne avec pour guide un vieux flic nommé Radstock. Ce fût moins drôle quand un lord excentrique leur conseilla de pousser jusqu’au vieux cimetière d’Highgate, leur affirmant que de vieilles chaussures voulaient y rentrer, et que comble de l’horreur, des pieds étaient dedans, tranchés à hauteur des chevilles presque intacts. Une affaire purement anglaise pour Danglard, même si les dix-sept chaussures, huit paires françaises et une serbe, ne l’étaient pas. Pour Adamsberg, intrigué par la légende du cimetière d’Highgate possédé par les vampires depuis le 18ème siècle, il mettrait ce souvenir dans un coin de sa mémoire afin de ne pas l’oublier et nous non plus. Car, Vargas a le don de mettre entre parenthèse un fait insolite, voir surnaturel pour mieux le faire ressurgir au moment propice d’une autre enquête.
Cette autre enquête sera d’un tout autre ordre, un crime d’une démence hors du commun, le corps d’un homme solitaire, Vauzel, ayant été dépecé, écharpé, voir émietté et dispersé aux quatre coins du salon d’un pavillon de Garches, comme un puzzle à reconstituer. Il y a très peu d’indices, seulement du crottin de cheval qui semble accuser le jardinier Emile, bagarreur compulsif, proche du défunt et de plus son héritier, un coupable idéal. Autre proche, le médecin, Paul de Josselin un ostéopathe somatopathe qui d’un seul doigt soignait les blocages physiques et psychiques, ceux de Vauzel et d’Emile, mais suite à cette histoire ceux d’Adamsberg et de la petite chatte de Lucio le voisin de ce dernier.
On retrouvera aussi avec plaisir toute la fantaisie de la brigade avec des personnages tous plus décalés les uns que les autres, de Danglard alcoolo érudit, le disque dur du commissariat, au naïf Estalève qui par ses bévues pouvait ouvrir des pistes inattendues, mais aussi Retancourt, la puissance d’un chêne et des capacités aussi multiples que les nombreux bras de Shiva, Froissy et son insécurité alimentaire, Noël le primitif, brutal avec les hommes vulgaire avec les femmes, et Mordent le faible prêt à tout pour sauver sa fille droguée. Quant à notre commissaire, égal à lui-même, il n’aura pas besoin de flingue pour régler cette histoire, son intuition, « un sas de séparation entre le conscient et l’inconscient mal fermé » comme dirait le docteur Josselin, suffira. Il y gagnera un fils déjà adulte et un brin névrosé. Mais on n’y verra pas Camille, en vacances en Normandie avec son autre fils le petit Tom, dommage, car cette présence féminine dans le sillage d’Adamsberg le rendait plus humain.
Cette vendetta entre deux lignées de vampires qui le mènera à Kiseljevo sur les bords du Danube, dans un lieu incertain peuplé de démons, là où il se passe des choses hors du commun, ne doit pas effrayer le lecteur. L’auteur n’a pas son pareil pour nous entraîner dans les sables mouvants de l’irrationnel, avec des légendes pour mieux nous endormir ou nous tenir éveillé, un peu de folie dans notre monde de logique car la raison viendra toujours à bout de ses chemins qui ne sont jamais droits. J’ai adoré, l’humour noir y est jubilatoire, et les mots étrangers m’ont ravie autant que ceux des québécois de «Sous les vents de Neptune».