samedi 23 août 2008

Londres Express de Peter LOUGHRAN


Londres Express de Peter LOUGHRAN (1967)
Série Noire n°1136 – Folio Policier n°236
Traduit de l’Anglais par Marcel DUHAMEL

Un auteur irlandais connu pour ce seul livre traduit en français, mais par Marcel Duhamel ce qui n’est pas rien, ce dernier nous livrant en avant propos ses difficultés à classer cet ouvrage inclassable. Ce fut la Série Noire, pas parce qu’il relève du polar, mais plutôt parce qu’il est noir de chez noir, par l’histoire, l’atmosphère et l’âme du héros.
En effet, pendant 240 pages, on va subir le long monologue d’un triste sire, (aucun paragraphe pour faire une pose), marin de profession, dont nous ne saurons ni le nom ni le prénom, et qui, après une nuit de bordée qu’il nous racontera avec forces détails, doit rejoindre son bateau par le train « Londres Express ». Seul dans son compartiment, avec de la littérature érotique pour compagnie, il verra arriver deux bonnes sœurs et une gamine de sept ans qui voyage seule et que sa tante confie aux deux nonnes qu’il traitera de « suceuses d’eau bénite déguisées en ku-klux de mes deux klan, et qui viennent par paires comme les emmerdements ».
Ce sera le prétexte à des divagations pour refaire le monde, celui de la religion en général et du sexe en particulier, « un gouvernement qui organiserait une chaîne de bordels dans ce pays, il rendrait plus de services qu’avec toutes leurs écoles, leurs églises, leurs prêches et leurs prières…tout le monde au bordel même les curés après la messe…en voulant supprimer la chose, çà devient clandestin ».
Il revient sur sa nuit passée, qui commence par ses déambulations avec une pute qu’il paiera mais dont il n’obtiendra rien, si ce n’est un coup de talon aiguille et qui finit par une rouste des gens du coin dont il se vengera en cassant leur vitres à coup de briques dans un acte de violence jouissif, un dérivatif à son besoin de sexe.
Il n’osera pas ouvrir ses revues, et suivra la conversation des sœurs et de la fillette, ce qui lui permettra de faire des allers retours sur son enfance avec des bouffées de bons sentiments et une tirade jubilatoire sur Sainte Agnès. Mais vis-à-vis des filles, sa conclusion n’est guère encourageante « les femmes ne pensent qu’à se faire grimper et faire des gosses ».
Un drôle de bouquin, dérangeant à souhait, voire malsain, un voyage au bout de l’enfer pour un pauvre bougre pas très futé, « chaud de la pince » jusqu’à l’excès, sans états d’âme, et d’une mauvaise foi chronique, qui se conduit de façon abominable mais trouve toujours des excuses, il est la victime et la société le bourreau. La chronologie est aussi tordue que l’histoire qui va dans tous les sens, on pourrait se prendre pour un psy (un fouille chou comme il dirait) entrain de fouiller le cerveau d’un cinglé.
Et pourtant cette sale histoire ne pas lâchée, à croire que seuls les bons sentiments nous endorment. De plus le ton est incisif, le langage parlé et imagé assorti de drôles d’expressions comme du Frédéric Dard. Je confirme : inclassable mais à retenir.

Wazemmes de Noël SIMSOLO


Wazemmes de Noël SIMSOLO - Editions L’Ecailler du Sud
01/2006 - Collection L’Ecailler du Nord – 235 pages

Guillaume Bravant, lillois d’origine exilé à Paris, peintre à l’occasion juste comme couverture, pickpocket par goût et pour assurer ses moyens d’existence, revient à Lille sur convocation d’un notaire pour l’ouverture du testament Valaudret, un vieil homme milliardaire qui lui a tout légué. Héritage empoisonné, on le comprend vite, un lourd secret liant des personnalités lilloises. Le commissaire Devister, qui enquête sur des meurtres en série de filles qui draguent par Internet, apprend par lettre anonyme que l’accident de Valaudret serait criminel. Le casse tête commence au propre comme au figuré, de violentes migraines le suivront tout au long du récit.
Guillaume, va essayer de se familiariser avec sa toute nouvelle richesse tombée du ciel, il n’avait rencontré le donataire qu’une fois pour lui vendre une toile, et reprendre contact avec ses anciens amis. Dans la bande du Café du Moderne, reste Marcel un vieux prof alcolo, et Julien un avocat sans vocation qui a épousé Colette son amour de jeunesse, les autres étant tous morts.
IL sera d’ailleurs beaucoup question de morts, et de meurtres, les plus abjects datant de la dernière guerre et commis par cupidité. Puis il y aura ceux pour supprimer les anciens assassins pris de remords et ceux pour faire taire les intermédiaires qui en savaient trop. Pourtant depuis cinquante ans ils avaient été raisonnables, ils avaient préféré céder au chantage que passer à l’acte, de plus, leur grand âge permettait de penser qu’une fois mort, leurs cadavres ne seraient pas solvables.
Tout va pourtant s’accélérer, le maître chanteur Valaudret a un héritier Guillaume, ce dernier a-t-il hérité du secret et des documents qui vont avec ? Au fur et à mesure du récit on va découvrir des personnages plus que pourris. Un trio, Sébastien Laumerre, Pascal Tarnonsi et Marceau Constant, trois notables lillois qui doivent leur fortune à celle des juifs qu’ils ont torturés, assassinés et volés pendant la guerre. Des crimes peu honorables que Valaudret ancien résistant a voulu leur faire payer en argent, un autre acte peu honorable ! Un duo, Fabien Lucret et Yves Vanmeer, deux mercenaires gérant une société de vigiles, qui n’hésitent pas à se salir les mains pour les trois autres. Benjamin Froligier, un flic corrompu pour le plaisir, Annette, l’assistante du notaire corrompue par besoin d’argent, et des prostituées corrompues par besoin de drogue.
Ce roman tire son titre d’un village, Wazemmes, raccordé à la ville de Lille, et correspondant au quartier du marché, lieu métissé et branché aujourd’hui. L’auteur, lui-même lillois d’origine, acteur, scénariste, historien de cinéma et romancier, nous conte une histoire au rythme vif, ou se mélange la noirceur des polars américains et les charmes vénéneux d’une bourgeoisie insoupçonnable.