
SAGAN A TOUTE ALLURE
Marie-Dominique LELIEVRE
Editions Denoël – 01/2008 – 342 pages
Trois ans après sa mort le 24 septembre 2004, Marie Dominique Lelièvre nous livre une biographie originale de Françoise Sagan, enquête journalistique sous forme de récit de voyage au pays de la littérature, d’une époque allant de l’après guerre à nos jours.
Nous pensons tout connaître de Sagan, de sa vie (people avant l’heure), de ses livres (lus sans déplaisir et vite oubliés), et pourtant c’est avec un réel plaisir que je me suis replongée dans cet univers qui m’a transportée dans les années soixante, fait de littérature et de liberté, le prolongement de mon engouement pour Sartre et Simone de Beauvoir, fait d’incompréhension de la jeunesse et fureur de vivre représentées au cinéma par James Dean.
Pour Sagan « l’excès c’est un goût ou un sens, et ce qu’on trouve délicieux à l’existence c’est qu’elle offre toujours de nouveaux excès à faire ». C’est dans l’excès qu’elle se nourrit, montée d’adrénaline, excitation vibrante de l’instant, mais les excès ne sont drôles que sans conséquences, or elle frôle la catastrophe plusieurs fois, son premier accident de voiture la laisse en mille morceaux, et entraîne l’addiction aux médicaments (morphine et amphétamine), vite relayés par l’alcool à haute dose, puis les drogues (cocaïne, opium… ). Elle frôle tous les risques, la vitesse, le jeu, les relations douteuses au point d’être mêlée à « l’affaire Elf », tout ça sous le signe de l’insouciance. On assiste à une dolce-vita sagaïenne à la Scott Fitzgerald dont le moteur principal est l’indolence, l’absence d’horaire, la nonchalance foutraque, le libertinage, le tout saupoudré d’une élégance négligée, comme le fût son œuvre. Elle est son œuvre, sa vie prolonge de loin son œuvre romanesque, et il reste un « Mythe ».
Mais ce récit est plus qu’une biographie linéaire, il est un éloge à l’amitié sous toutes ses formes, masculines, féminines, hétérosexuelles et homosexuelles, Sagan en personnage androgyne ne peut qu’aimer ces liens équivoques, car en fait son homosexualité n’est jamais vraiment révélée dans son intimité. L’auteur recueille des souvenirs pudiques de ses proches, de ses amis intimes, et en profite pour faire un brûlant hommage à l’amie de toujours Florence Malraux, sa sœur, son double, l’intelligence mais sous contrôle, celle qui sent les moments de détresse, les « bleus à l’âme », est toujours là quand la mort de ses proches, celle de Peggy Roche surtout, renvoie Sagan vers sa solitude, son ennemie la plus redoutable.
Reste ses livres, et c’est fou ce qu’on a envie de les relire, après la lecture de celui-ci. Bravo Marie Dominique Lelievre, c’est à cela qu’on reconnaît un écrivain.

