lundi 15 décembre 2008

Croisière jaune de ZOLMA




CROISIERE JAUNE de ZOLMA

Editions Krakoen - Juin 2006 – 271 pages


Dès le début on a la vague impression de déjà lu, car çà commence comme un bon vieux Léo Malet où Lily Vedrine, un Nestor Burma en jupon mais sans saxo, sans chat ni secrétaire, essaie de sauver son agence de détective du gouffre financier tout en jouant les débordées. Son ego fort développé, celui de l’élite des flics privés, lui fera donc faire la fine bouche devant une éventuelle cliente, Maryse Pradelles, qui lui propose une banale histoire d’adultère, intrigue minable à son goût.
La cliente, une bourge déguisée en « vitrine de la place Vendôme », avait tout pour déplaire à Lily, mais comme elle « tutoyait le dépôt de bilan », et que « l’argent n’a pas d’arôme », elle acceptera cette enquête purement alimentaire! Pour Maryse Pradelles, Emile, le mari supposé coupable, avait peut être l’idée de « changer de tanière » et elle préférait s’assurer une rente avant la « migration ». Lily va donc prendre la direction de Montauban, là où Emile passe tout son temps à soi-disant développer sa nouvelle agence et pour gagner son blé elle va devoir impérativement rapporter à sa femme une photo de « Mimile courant la ribaude ».
On comprendra vite que comme pour Burma, plus l’enquête parait simple et plus les ennuis pleuvent et les cadavres avec. Comme Burma elle est libre et sans attache, désabusée et aventureuse prête à succomber aux charmes du sexe opposé. En l’occurrence ce sera Marc, en séminaire à Montauban pour une boite de logiciels, un type mal dans sa peau, fataliste face au licenciement qui l’attend, plus du tout en accord avec ses rêves ni avec lui-même. Lily l’aidera à camoufler un meurtre en accident, et aura déjà les flics sur le dos alors qu’elle n’a pas encore enquêté sur Pradelles.
La filature de ce dernier du côté de Port-Vendres aboutira à tout autre chose qu’une partie de jambes en l’air, mais plutôt à un trafic de petits hommes jaunes, vrais faux papiers compris, marché lucratif pour l’importateur comme pour l’acquéreur, le travail clandestin étant vite amorti vu les salaires pratiqués. Ca ne lui portera pas chance à Emile, on le retrouvera en kit dans un terrain vague de la banlieue de Toulouse, mort comme un kamikaze palestinien. Le commissaire Lafourche ne manquera pas de mettre aussi ce deuxième meurtre sur le dos de Lily qui collectionnait plus de mobiles que d’alibis.
Il faut dire que son passé ne l’aidait pas, elle était devenue détective privé parce qu’elle s’était fait virée de la police pour fréquentation intolérable avec un proxénète, et se trimbalait un passé de gauchiste tendance trotskiste. Ses fréquentations n’étaient guère mieux, Philippe, un patron de bistrot ancien militant extrémiste qu’elle avait connu à Fleury-Mérogis quand elle donnait des cours de réinsertion, prêt à l’aider pour un coup de main musclé, et Victor, son voisin toubib qui de retour d’Afrique donnait dans le social, travaillait pour le plaisir et « emmerder le Grand Capital », prêt à l’aider à blanchir l’argent détourné à Emile.
Lily est courageuse et rebelle, elle réglera quelques comptes avec les dérives du système, sa dérision, sa gouaille insolente à tout pour nous séduire, çà lorgne du côté de Frédéric Dard. Pourtant tout au long du livre j’ai eu du mal à intégrer son statut de femme, son parler, ses réactions sont masculines, sa seule féminité ce sont ses doutes. Je regrette aussi une fin un peu bâclée même si les rebondissements sont là. Un polar agréable quand même, Lily retrouvera sûrement un peu d’assurance et de féminité lors de ses prochaines enquêtes, faisons confiance à l’auteur qui nous livre là son premier polar.

dimanche 7 décembre 2008

Le cas Sonderberg d'Elie WIESEL





ELIE WIESEL - LE CAS SONDERBERG
Editions GRASSET – Août 2008 – 247 pages


« Quel diable avait donc poussé Werner Sonderberg à interrompre ses cours à l’Université de New York pour aller se promener avec son vieil oncle chauve et désabusé si loin du Village ? Qu’est ce qu’ils ont pu se dire pour que leur querelle atteigne une violence meurtrière ? Accident, suicide, meurtre ? Peut on consentir à emmener dans la tombe une énigme qui refuse de livrer son secret ? » Les premières pages du roman ainsi que son titre annoncent d’emblée le sujet du livre, une sombre affaire de culpabilité, celle de celui qui commet le crime, et celle que l’on ressent même si l’on est innocent. Mais comme à son habitude ce cas « Sonderberg » va être un prétexte à réflexion pour Elie Wiesel, sur ses interrogations, ses doutes, le bien et le mal, (la pureté n’est valable qu’en chimie, pas dans les agissements de l’âme dira t-il ), la justice, celle du bourreau qui n’est pas la même que celle de la victime, le fardeau de la parenté, et il en profitera pour revisiter sa mémoire et nous parler de la vie « ce couloir entre deux abîmes »
Yedidhya, le narrateur, critique de théâtre, va être amené exceptionnellement à couvrir pour son journal le procès Sonderberg, ce n’est pas dans ces cordes mais son rédacteur en chef insiste et affirme que le tribunal est comme une scène de théâtre, qu’aux assises la pièce qui s’y joue comporte drame et suspense voire même des costumes pour certains pays : « en Angleterre les juges portent des perruques, en France c’est la robe ». C’est ainsi que Werner Sonderberg neveu de Hans Dunkelman va faire irruption dans l’existence de Yedidhya, son procès va le fasciner au point d’affecter ses rapports avec sa propre famille et le tourmenter encore bien des années après. Le coup de théâtre de ce procès c’est quand l’accusé, à la question fatidique sur sa culpabilité, répondra « coupable ET non coupable ». Comment peut on être l’un et l’autre en même temps ? Une option acceptable en philosophie mais pas devant la justice, elle est là pour trancher. Mais où commence la culpabilité de l’homme et où s’achève t-elle ? Question de responsabilité ? Tout a un sens, même ce qui peut paraître insensé et ce n’est pas le silence du jeune allemand qui risque d’apporter la solution, il semble ne pas avoir envie de se défendre,

la justice s’est faite d’elle-même entre le vieil homme et son descendant.
Après le procès Yedidhya trouvera le prétexte d’un reportage en Israël pour faire le point et oublier le jeune allemand, mais il n’y trouvera que de la haine, le sang qui coule et toujours la mort victorieuse. Où est la paix là dedans ? Son reportage, « le rêve d’un monde débarrassé

de toute cruauté, du cynisme et de tous les fanatismes » il le dédiera à son grand-père, lui expliquant qu’ici il n’a pu oublier que le théâtre, peut être parce que «ni le destin ni l’histoire

ne se présentent comme un spectacle que l’on peut interrompre ou annuler à volonté». Il va aussi revenir sur l’histoire de sa propre famille emportée dans la tourmente de l’Histoire et chercher à retrouver son enfance perdue, cette partie de sa vie qui lui avait échappée. Guetté par la folie il aura recours au psy et à l’hypnose. Il s’en voulait de s’être créé un passé en adoptant le passé d’étrangers, simplement parce qu’ils l’avaient élevé. On ne vit pas dans le passé mais le passé vit en nous et nous rattrape. Il faut assumer son destin, « chacun joue sa propre pièce, tant que le rideau n’est pas tombé, tout est possible ».
Elie Wiesel, avec ce livre, traite de l’ambivalence en nous fournissant une double intrigue, deux destins assombris par de troublants secrets, un grand père de substitution vénéré par l’un, et un grand père de sang abhorré par l’autre. Pourquoi les générations actuelles ressassent elles encore tant la culpabilité de leurs ancêtres ? Ce roman est grave et mélancolique, il y a des vérités et des doutes, des angoisses et de l’espoir, une atmosphère de sincérité profonde propre à l’auteur, il a eu le prix Nobel de la Paix, il aurait pu avoir celui de la Littérature.