jeudi 27 novembre 2008

7 Pierres pour la femme adultère de Vénus KHOURY GHATA




7 PIERRES POUR LA FEMME ADULTERE
de Vénus KHOURY-GHATA
Mercure de France – 07/2007 – 189 pages




A Khouf, village aux portes du désert, Noor attend la mort avec calme et sérénité, il ne lui reste que quarante jours avant sa lapidation décidée par la fatwa, cette loi religieuse islamique incompréhensible pour nous autres occidentaux. Les pierres sont sur la place qui attendent, les sept premières seront soi-disant salvatrices, réparatrices de la faute commise.
Elle a été violée par un étranger qui travaille à la construction du barrage voisin, mais d’après Noor, ce fût une pénétration consentie car elle y a pris du plaisir, même plusieurs fois, honte ultime ! Elle s’en remet à la tradition, à l’oeil d’Allah et sa liste d’interdits, « j’ai trahi mon sang, je dois donc payer ». Elle attendra derrière sa haie qu’on vienne la chercher, que le khamsin se calme car ce vent de sable brûlant laisse la terre aride et que la pluie tombe pour qu’on puisse creuser sa tombe. C’est dans le dénuement le plus complet, un matelas une marmite et une chèvre, qu’elle acceptera l’aide humanitaire du docteur Paul.
Ce dernier, lui envoie sa dernière recrue, peut faite semble t-il pour le don de soi. Elle semble là pour régler des comptes, son amant et son chat l’ont quittée, le premier pour sa femme le second pour le pays des chats, elle a fuit son problème au loin pensant combler sa vie avec le désespoir des autres, laissant le temps arranger le temps, exactement comme le docteur Paul qui est venu lui, oublier les vagues bretonnes qui ont emporté son enfant. Elle n’était pas prête à donner et encore moins à recevoir, pourtant elle va entamer un combat pour sauver Noor. Elle va surprendre tout le monde, même Amina l’amie de Noor va se poser des questions, que savait elle de ce pays ? « Rien. Sinon elle ne se serait pas encombrée d’un parapluie. Vous imaginez cette chose dans un village où les nuages ne font que passer pour aller uriner ailleurs ».
Elle va croire en son pouvoir de sauver cette femme dans ce pays machiste, surtout que Noor est enceinte et que l’aiguille à tricoter qui aurait du détricoter l’enfant à naître, n’a servi à rien. Noor évite de justesse une septicémie et la mort, « une façon de devancer les choses, et tant mieux pour les poules, les pierres sur la place auraient servi à chasser les renards ». Mais que faire pour sauver cette femme et son enfant ? Elle veut plaider leur cause auprès du « ministre de la répression du vice » et de « l’imam protecteur de la vertu », (et on ne rigole pas car ils existent vraiment dans les régimes taliban, ils ont même participé à la destruction du musée de Kaboul en 2001!). Amina lui conseille la Maison de la veuve et de l’Orphelin à la ville voisine. Les femmes de l’association sont sceptiques mais pleines de ressources moyennant finance, pour avoir une audience cette étrangère doit être accompagnée d’un mari, qu’à cela ne tienne Abdul est là, chauffeur de car, il a l’habitude des mariages par mitaa (chez nous mariage blanc), car il a déjà quatre femmes et dans cette drôle de religion à partir de la cinquième çà ne compte plus !!!
Pour le ministre de la répression du vice ce sera un non catégorique, pour le mollah elle réussira à lui extorquer un papier qui repoussera la lapidation après la naissance de l’enfant avec pour conclusion, « ce petit être est un fruit pourri et le bon sens indiquerait de couper l’arbre à la racine en même temps que le fruit ». Noor est bien de cet avis, « quel intérêt pour cet enfant de venir au monde le jour où des centaines de pierre auront fracassé le crâne de sa mère ».
Pour l’héroïne l’occident s’éloigne à mesure qu’elle patauge dans les pas des habitants de Khouf, ceux là même qui se battent contre le sable qui envahit leurs masures, contre le khamsin qui les enferment chez eux comme des rats, ou contre la sécheresse qui assèche leurs puits. Au départ des humanitaires elle ne se résoudra pas à abandonner Noor, ils risquaient de relancer la fatwa qui pèse sur elle. L’étrangère continuera son combat, fera office d’infirmière et d’institutrice avec Amina qui elle rêve de lui ressembler, « croiser les jambes, fumer, montrer ses cheveux et ses doigts de pieds » et ne plus être « un trou pour les besoins de l’homme qui jette son jus comme on crache, comme on vomit ». Noor, elle, ne pense qu’à rejoindre son étranger de l’autre côté de la montagne, mais une femme non accompagnée d’un mari ou d’un frère est vouée au malheur, « c’est comme une chèvre non attachée à un piquet ». On ne se rebelle pas contre l’ordre établi, il faudra que quelqu’un meurt, Noor ou une autre peut importe.
L’auteur Vénus Khoury –Ghata, qui a manqué de peu le prix Renaudot 2007 pour ce livre, est libanaise de naissance mais française d’esprit, une fabuleuse conteuse, cela se sent, la langue est savoureuse et riche de cette double culture, un peu comme un plat occidental aromatisé aux épices de l’orient. Il y a aussi beaucoup d’humour de sa part, le muezzin est comparé à un perroquet, la cigarette est pire que le haschich, le vin pire que le raki, et Allah a du arriver à Khouf en fin de parcours car il y a bâclé son travail. Mais c’est surtout un livre de femme, pour la lutte des femmes, elle pause la vraie question de savoir si on peut les libérer du poids des traditions ancestrales et du fanatisme religieux ? Rien n’est gagné quand on voit que la blonde à moitié dénudée sur l’écran représente pour les femmes une reine, pour les jeunes une mariée, et pour les hommes une pute ! Et quant aux jeunes, elle nous dit qu’au mieux « les doux deviendront des moudjahidin, les violents des terroristes et des imams ceux qui sauront échauffer les foules par leurs prêches ». Les mots sont parfois durs et froids comme des pierres pour réveiller notre colère mais la sensibilité n’est pas loin, à fleur de peau, et comme le ciel qui se retient de pleuvoir, on retient ses larmes.
Si le pays n’est pas vraiment défini, on pense à l’Afghanistan, pourtant son roman est tiré d’une histoire vraie qui s’est passée en Iran, il n’y a pas si longtemps, et ou la seule problématique des dirigeants était de savoir si la lapidation avait lieu avant ou après la naissance de l’enfant, édifiant non !!!

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