
« Thera » de Zeruya SHALEV
Gallimard-(février 2007)-492pages
Zeruya Shalev, écrivaine israélienne, a choisi l’écriture pour sonder les sentiments, les désordres de l’âme humaine, plutôt que de narrer les conflits politico-religieux de son pays, même si elle-même en a subi les méfaits, ayant été lourdement blessée dans un attentat.
« Thera » son dernier roman, fait référence au nom antique de Santorin, où Ella son héroïne, archéologue de métier, participe à des fouilles, mais dans ce récit il s’agit plus de fouiller son monde intérieur émotionnel suite à la rupture de son couple, avec toutes les remises en question que cela comporte. Elle va décortiquer le pourquoi, le comment et les conséquences de cette rupture dont elle est l’initiatrice.
Elle manque d’air, son mari Amnon ne lui apporte plus rien, l’irrite, elle a perdu l’admiration des débuts voir l’estime qu’elle avait de lui, elle juge sévèrement son égoïsme masculin dans son rôle de père, qui ne renonce à rien et ne donne du temps à son fils que lorsque ses propres priorités sont assouvies. « L’amour s’est usé, est tombé malade, a perdu de sa vigueur, pour finir par mourir...comme une corde de guitare rompue». Le constat d’échec est radical, « mieux vaut vivre seule que dans l’hostilité mesquine et revancharde ».
Principale conséquence, les remontrances de son père qui parle de malédiction, lui fait un cours sur le bonheur, qui se résume à un engagement familial, une sorte de pacte que l’on ne renie pas. « Vous surmonterez les difficultés parce que vous saurez que vous n’avez pas le choix, tu seras étonnée du soulagement que te procurera le fait de rayer définitivement de ton esprit toute possibilité d’une autre vie avec d’autres partenaires ». C’est une histoire de sacrifice qu’il lui propose, l’abdication de son libre arbitre. Elle saura résister à ce père imbu de sa personnalité, en souvenir de sa mère qui disait amen à son mari, mais déversait son trop plein de doléances, sa détresse, sur sa fille, la prenant pour juge, et lui intentant avec elle un procès derrière son dos. Elle avouera d’ailleurs à sa mère, qu’elle quitte Amnon, pour ne pas devenir comme elle.
Curieusement, la séparation n’amènera pas la tranquillité escomptée, « elle se sent comme un prisonnier qui a mis tellement de temps à s’échapper, qu’il a perdu la possibilité de jouir de sa liberté ». Elle arrive à douter de sa décision, elle tombe dans la contradiction, planifie un retour vers son mari, abdiquant devant toutes ses anciennes résolutions pour retrouver une famille, un bonheur lisse, qui limite les espoirs et tue les rêves, mais qui, en contrepartie octroie une grande sérénité. Mais que se cache t’il derrière ce besoin de revirement ? La peur, la culpabilité, la blessure narcissique? Amnon n’y croit plus, et fait ce constat amer, « Tu es peut-être capable de tomber amoureuse, mais pas d’aimer, dès que tu es déçue, ton amour se fige…tu es exactement comme ton père, dire que tu as tellement souffert de lui et que maintenant tu reproduis la même chose ».
Elle est en permanence dans le questionnement. « Y a t’il une formule magique transmise de génération en génération pour le bonheur ? Est-ce que le bonheur ne rend visite qu’à ceux qui y croient, se cachant de ceux qui doutent ? Son amie Dina, psychothérapeute, lui affirme que « notre système affectif ressemble à un bal masqué, ce n’est qu’avec le temps que l’on peut commencer à comprendre qui est déguisé en quoi…C’est la dure cruauté des créanciers affectifs ». Reste à exister au milieu des contradictions. « Même si en ce moment tout va mal, cela n’implique en rien que c’était mieux avant, ni que ce ne sera pas mieux après, tristesse ne veut pas obligatoirement dire regret, regret ne veut pas obligatoirement dire erreur ». Pour trouver le repos, elle doit écarter le passé de son chemin, sa nouvelle solitude est faite d’invitations par son amie Dina, au milieu de célibataires à caser, et de couples qu’elle qualifie de par leur comportement, de « piqûre de rappel pour divorcés ». Mais comment tomber de nouveau amoureuse ?
Pourtant le hasard est capricieux, comme elle, il la mettra en présence d’Oded, père du meilleur copain de son fils, psychiatre, et en rupture d’amour et de couple aussi. Il deviendra alors l’unique objet de ses désirs. « Etre aimée et comprise, comprise et aimée, les deux ensemble » est sa nouvelle devise. Elle réclamait la liberté, pourtant elle dira, « maintenant que j’ai goûté au bonheur, la liberté ne m’intéresse plus ». Elle ne veut plus être une infirme des sentiments, mais elle a quand même besoin d’être rassurée en permanence. La peur de perdre ce nouvel amour la pousse à de basses manipulations féminines avec Oded, la subtile mélodie des doutes et des hésitations à répétitions reprend. Elle a vraiment besoin de grandir. Il la prendra sous son aile, la maternera, lui dont la volonté est claire triomphe d’Ella qui hésite. Mais les choses pratiques de la vie des couples recomposés ne sont pas si simples. Les heures disponibles pour un bonheur intime se font rares, saura t’elle supporter ces nouvelles contraintes ? L’amour résistera t’il ?
La romancière dissèque avec une incroyable lucidité les faiblesses d’un couple, l’ennui qu’il peut générer, le besoin de liberté de la femme d’aujourd’hui, même s’il elle vit en Israël au milieu d’un monde où la religion donne encore raison aux hommes mais insuffle aux femmes un instinct maternel hyper développé, la cassure irréversible avec toutes les insatisfactions que cela comporte et la déprime inévitable, les remords et les regrets, puis l’espoir. Il lui faudra 500 pages pour se mettre à nue, c’est long, mais les mots pour le dire sont à la hauteur. Une lecture loin de la facilité, tout dans l’introspection, un drame au féminin à la logique humaine mais tortueuse.
Gallimard-(février 2007)-492pages
Zeruya Shalev, écrivaine israélienne, a choisi l’écriture pour sonder les sentiments, les désordres de l’âme humaine, plutôt que de narrer les conflits politico-religieux de son pays, même si elle-même en a subi les méfaits, ayant été lourdement blessée dans un attentat.
« Thera » son dernier roman, fait référence au nom antique de Santorin, où Ella son héroïne, archéologue de métier, participe à des fouilles, mais dans ce récit il s’agit plus de fouiller son monde intérieur émotionnel suite à la rupture de son couple, avec toutes les remises en question que cela comporte. Elle va décortiquer le pourquoi, le comment et les conséquences de cette rupture dont elle est l’initiatrice.
Elle manque d’air, son mari Amnon ne lui apporte plus rien, l’irrite, elle a perdu l’admiration des débuts voir l’estime qu’elle avait de lui, elle juge sévèrement son égoïsme masculin dans son rôle de père, qui ne renonce à rien et ne donne du temps à son fils que lorsque ses propres priorités sont assouvies. « L’amour s’est usé, est tombé malade, a perdu de sa vigueur, pour finir par mourir...comme une corde de guitare rompue». Le constat d’échec est radical, « mieux vaut vivre seule que dans l’hostilité mesquine et revancharde ».
Principale conséquence, les remontrances de son père qui parle de malédiction, lui fait un cours sur le bonheur, qui se résume à un engagement familial, une sorte de pacte que l’on ne renie pas. « Vous surmonterez les difficultés parce que vous saurez que vous n’avez pas le choix, tu seras étonnée du soulagement que te procurera le fait de rayer définitivement de ton esprit toute possibilité d’une autre vie avec d’autres partenaires ». C’est une histoire de sacrifice qu’il lui propose, l’abdication de son libre arbitre. Elle saura résister à ce père imbu de sa personnalité, en souvenir de sa mère qui disait amen à son mari, mais déversait son trop plein de doléances, sa détresse, sur sa fille, la prenant pour juge, et lui intentant avec elle un procès derrière son dos. Elle avouera d’ailleurs à sa mère, qu’elle quitte Amnon, pour ne pas devenir comme elle.
Curieusement, la séparation n’amènera pas la tranquillité escomptée, « elle se sent comme un prisonnier qui a mis tellement de temps à s’échapper, qu’il a perdu la possibilité de jouir de sa liberté ». Elle arrive à douter de sa décision, elle tombe dans la contradiction, planifie un retour vers son mari, abdiquant devant toutes ses anciennes résolutions pour retrouver une famille, un bonheur lisse, qui limite les espoirs et tue les rêves, mais qui, en contrepartie octroie une grande sérénité. Mais que se cache t’il derrière ce besoin de revirement ? La peur, la culpabilité, la blessure narcissique? Amnon n’y croit plus, et fait ce constat amer, « Tu es peut-être capable de tomber amoureuse, mais pas d’aimer, dès que tu es déçue, ton amour se fige…tu es exactement comme ton père, dire que tu as tellement souffert de lui et que maintenant tu reproduis la même chose ».
Elle est en permanence dans le questionnement. « Y a t’il une formule magique transmise de génération en génération pour le bonheur ? Est-ce que le bonheur ne rend visite qu’à ceux qui y croient, se cachant de ceux qui doutent ? Son amie Dina, psychothérapeute, lui affirme que « notre système affectif ressemble à un bal masqué, ce n’est qu’avec le temps que l’on peut commencer à comprendre qui est déguisé en quoi…C’est la dure cruauté des créanciers affectifs ». Reste à exister au milieu des contradictions. « Même si en ce moment tout va mal, cela n’implique en rien que c’était mieux avant, ni que ce ne sera pas mieux après, tristesse ne veut pas obligatoirement dire regret, regret ne veut pas obligatoirement dire erreur ». Pour trouver le repos, elle doit écarter le passé de son chemin, sa nouvelle solitude est faite d’invitations par son amie Dina, au milieu de célibataires à caser, et de couples qu’elle qualifie de par leur comportement, de « piqûre de rappel pour divorcés ». Mais comment tomber de nouveau amoureuse ?
Pourtant le hasard est capricieux, comme elle, il la mettra en présence d’Oded, père du meilleur copain de son fils, psychiatre, et en rupture d’amour et de couple aussi. Il deviendra alors l’unique objet de ses désirs. « Etre aimée et comprise, comprise et aimée, les deux ensemble » est sa nouvelle devise. Elle réclamait la liberté, pourtant elle dira, « maintenant que j’ai goûté au bonheur, la liberté ne m’intéresse plus ». Elle ne veut plus être une infirme des sentiments, mais elle a quand même besoin d’être rassurée en permanence. La peur de perdre ce nouvel amour la pousse à de basses manipulations féminines avec Oded, la subtile mélodie des doutes et des hésitations à répétitions reprend. Elle a vraiment besoin de grandir. Il la prendra sous son aile, la maternera, lui dont la volonté est claire triomphe d’Ella qui hésite. Mais les choses pratiques de la vie des couples recomposés ne sont pas si simples. Les heures disponibles pour un bonheur intime se font rares, saura t’elle supporter ces nouvelles contraintes ? L’amour résistera t’il ?
La romancière dissèque avec une incroyable lucidité les faiblesses d’un couple, l’ennui qu’il peut générer, le besoin de liberté de la femme d’aujourd’hui, même s’il elle vit en Israël au milieu d’un monde où la religion donne encore raison aux hommes mais insuffle aux femmes un instinct maternel hyper développé, la cassure irréversible avec toutes les insatisfactions que cela comporte et la déprime inévitable, les remords et les regrets, puis l’espoir. Il lui faudra 500 pages pour se mettre à nue, c’est long, mais les mots pour le dire sont à la hauteur. Une lecture loin de la facilité, tout dans l’introspection, un drame au féminin à la logique humaine mais tortueuse.
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