mercredi 22 octobre 2008

Se résoudre aux adieux de Philippe BESSON


Se résoudre aux adieux de Philippe BESSON
Juillard – 01/2007 – 188 pages

Bernard Pivot a dit de Philippe Besson « c’est un spéléologue de l’intime », à juste raison pour ce roman, descente au fond du gouffre de la mémoire, pour découvrir ce que coûte une rupture, et le mal que l’on a souvent à « se résoudre aux adieux ».
Rupture d’un couple vu du côté féminin, c’est lui qui l’a quittée, lâchement ! Mais s’agissait-il d’un couple ? Lui, avait quitté une femme soumise, qui lui promettait une union cocooning où tout est prévisible, il y retournera d’ailleurs après une escapade de quelques années avec notre héroïne, elle, journaliste, issue de la vague féministe contestataire, qui n’aime pas les routes toutes tracées, et qui pensait avoir l’entier contrôle de ses sentiments.
Elle va donc vivre la fin de son histoire d’amour, sous forme d’un road movie littéraire, qui ira de Cuba à New York puis Venise, pour finalement rentrer à Paris via l’Orient Express, pensant que le luxe pouvait donner un peu d’élégance à sa tristesse, ou la rendre plus supportable. Son règlement de compte intérieur se fera sous forme de lettres qu’elle enverra régulièrement à son ex-amant, sans espoir de réponse, (encore une question de lâcheté), mais l’écriture n’est elle pas le moyen de dialoguer avec soi-même, on écrit avant tout pour soi.
Pensant que la mémoire freine la convalescence, elle veut apprendre à vivre avec ses souvenirs, ne plus être dans le ressentiment, dominer son chagrin, encore une histoire de contrôle de soi. Mais elle se rend compte que « l’oubli, n’est pas un événement qui se provoque, c’est seulement avec le temps que les êtres s’estompent, sans s’effacer entièrement du reste ». Elle compare son sentiment amoureux à un vieux vêtement, qu’elle jugerait importable, démodé, mais pour lequel elle a de la tendresse, car il lui parle d’un autre temps, qui lui était heureux.
Elle revient sur ses années de bonheur, plutôt ses certitudes de bonheur, car la mémoire toujours idéalise, elle se rend compte que leur couple était basé sur un manque de confiance totale, sur un fond de résistance commune, ou aucun des deux ne veut abdiquer son libre arbitre. Elle est lucide et dit, « si çà se trouve, j’aurais assoupli mon échine, les amoureuses renoncent à une part d’elle mêmes, c’est même à cela qu’on les reconnaît…mais à la fin, je crois que je n’aurais pas changé, rien abdiqué ». La rupture est le prix à payer pour une existence docile dont elle n’aurait pas voulue. Aimer ce n’est pas gagner à tous les coups.
Cet éloignement, ce changement de décor, pour vivre cette rupture, n’aura rien changé, « ce qu’on regarde n’est pas au dehors, mais au-dedans », elle reviendra à Paris, avec le même désordre affectif, se comparant à une mouette engluée de mazout, qui par un heureux coup du sort et un instinct de survie plus fort, se hisse et s’en sort. « Le désespoir çà donne du talent, il faut croire ».
Philippe Besson, nous livre là, une histoire d’amour au passé et une solitude au présent, avec ses interrogations, ou plus d’une d’entre nous pourra, trouver un écho à sa propre histoire, et renouer avec ses propres fantômes. Reste l’avenir, l’auteur nous réserve un happy end, un lâché prise, une vengeance toute en douceur.

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