samedi 25 octobre 2008

Pension alimentaire de Eric NEUHOFF


« Pension alimentaire »
de Eric NEUHOFF
chez Albin Michel
août 2007, 134 pages


Un titre un peu déroutant, puisque même s’il s’agit d’un divorce, il n’y est pas question d’argent, juste de la rupture, banale à première vue, mais est-ce qu’une rupture peut-être banale ? Chacune a son histoire, celle de Eric Neuhoff est plutôt désabusée, cruelle et drôle.
En fait, on a l’impression que ce qui lui reste en travers de la gorge, ce n’est pas la pension alimentaire, mais celui qui a pris sa place auprès de sa femme, et surtout de ses enfants, le voisin du dessus, le monsieur de la pub à « 20 briques par mois », celui qui, sous prétexte d’être aussi divorcé, s’infiltra dans sa nouvelle vie, lui jurant une amitié éternelle.
Cela donne un portrait au vitriol d’un arriviste, qui se croit tout permis, d’une vulgarité qui
frise l’indécence dans le milieu de l’édition, qui est celui du narrateur, qui boit tout et n’importe quoi juste pour le plaisir « de se bourrer la gueule », amateur de partouzes et de
filles qu’on paie. Pour l’auteur, « on ne pouvait pas appeler ça un ami, non, …il était disponible…il y a des périodes ou l’on n’est pas très exigeant sur ses fréquentations, on baisse
le curseur, pas de quoi se vanter. »
Mais qu’est ce que son ex-femme a trouvé à ce grossier personnage, alors que du temps de leur mariage, il l’insupportait ? Et puis l’imposer à ses enfants et leur interdire d’en parler.
C’est aussi une chronique douce amère sur la séparation, « une déchirante douceur », la fin
de l’amour et le retour au célibat, « cette fausse adolescence retrouvée ». Il écrit :
« Bizarrement, Camille ne me manquait pas. Nous nous étions éloignés; nous existions en
parallèle. Nous nous étions appris par cœur. C’était trop. Plus rien à découvrir, plus rien à
espérer. Représailles immédiates. Les qualités avaient épuisé leur crédit. Les défauts de l’un
n’avaient plus de secrets pour l’autre. Lourd passif. Nous n’étions même plus capables de
nous décevoir. Nous n’avions pas eu le temps de nous haïr pour de bon…Entre nous, il n’
était plus question d’amour ou de sentiments, mais d’incapacité à rester ensemble dans la même pièce. Deux blocs d’hostilité et d’incompréhension. On n’avait plus que le silence affronter …Nous avions commencé à voir toute chose sous un jour différent. Mieux valait tourner la page, éviter trop de dommages collatéraux. Dans la mesure du possible on avait évité le bain de sang. Nous avions élevé notre mur de Berlin. Bientôt nous parlerions des langues étrangères. Nous étions entrain d’oublier les saisons de notre amour comme on disperse des cendres en pleine nature…Voilà où on en était arrivé. On avait touché le fond. Notre couple était un monde perdu »
Si Eric Neuhoff s’inspire de son expérience, et renvoie, pour certains, de ce fait, aux nôtres propres, il le fait avec beaucoup d’autodérision, le sens de la formule, une plume légère, une façon à lui de tenir sa vengeance. L’indifférence on le dit, est le meilleur des mépris !!!
Finalement un roman léger à savourer comme un plat salé sucré.

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