
« Madeleine » d’Amanda Sthers
chez Stock, septembre 2007, 154 pages
La Bretagne et ses clichés, le froid, la pluie, le gris même s’il s’agit d’un beau gris bleuté
couleur de mélancolie, et puis Madeleine, 40ans collaboratrice d’une agence immobilière
de Brest, célibataire et sans enfant, un beau portrait de femme, aussi mélancolique que le
temps. Elle n’était pas très jolie, d’ailleurs on ne lui avait jamais dit, et elle s’était dite qu’elle
ne l’était pas, mais aujourd’hui elle se dit « qu’à force de lui répéter, elle aurait pu le devenir,
ou le croire, ce qui revient sans doute au même ».
Elle vivait dans ses rêves mais sans y croire, comme elle ne se souvenait pas d’avoir cru au
Père Noël, pas plus qu’au Prince Charmant, elle ne l’attendait pas d’ailleurs, elle était réaliste.
Elle pensait n’être en fait qu’un objet de curiosité sexuelle, elle prenait ce qu’on ne voulait
pas, « on ne revient guère plus de deux fois dans le sexe de Madeleine, une première fois par
accident, une seconde pour comprendre ce qui nous avait attiré la première fois ».
Son univers ressemble à un electro-cardiogramme plat, son travail, les feuilletons télé, et :
-Rémi, le cousin de son patron, « qui a très peu fait usage de son sexe, c’est pourrait-on dire
une première main, à part quelques révisions auprès d’une prostituée, et toujours la même ».
Il est gentil, con mais attentionné… et des points communs dans leur détresse et la peur de
l’avenir.
-Pépé Jacques, un grand oncle en maison de retraite, qui joue le rôle du vieux pervers « pour
ne pas parler de la mort qui le réveille en sueur chaque nuit, et qui, un jour, ne le réveillera plus
du tout », et qui supplie Madeleine de vivre par respect pour ceux qui n’avaient plus le choix.
Un jour, un coup de fil lui annonce un visiteur parisien à la recherche d’une maison, un certain
Castellot. Ce dernier n’arrive pas à faire le deuil de son père, breton d’origine modeste, qui a
fait fortune dans l’emballage des crêpes, mais « n’a jamais su avoir l’air de ce qu’il possédait ».
Il lui reste un malaise fait d’une gêne de ses origines alors que lui-même a bien réussi
professionnellement et s’est marié à une femme qui ne sait pas ce que c’est que « manquer »,
et se refuse à suivre son mari en Bretagne. Castellot lui, veut essayer de se réconcilier avec la
Bretagne, pouvoir pleurer son père et renouer une rencontre affective avec les lieux de son enfance.
Au lieu de cela, ce fût une rencontre bestiale avec le sexe de Madeleine, désir animal pour cette
femme qu’il ne connaît pas, et qu’il pense ne jamais revoir. C’est sans compter sur le magnétisme
des corps. L’attraction purement charnelle qu’il a pour Madeleine, cet amour à l’état brut, le
renvoie à celui qu’il aurait pu être s’il n’avait pas échappé au destin que lui prédisait son père.
Madeleine, elle, se condamne à ces attentes, ces étreintes sans lendemain, ces désirs refoulés.
Elle refuse l’amour de Rémi, qui lui déclame sa flamme lors d’un karaoké, en lui chantant du
Brel, « Madeleine que j’attends là…elle est toute ma vie, c’est mon Amérique à moi… »
Elle vit son fantasme. Cet homme dont elle ne connaît même pas le prénom, qui lui conseille
« de se jeter à l’eau, de nager, la confiance et l’envie viendront après », elle le prend tel quel,
pour le temps qu’il veut bien rester, sachant bien qu’un soir il aura disparu.
Mais ces deux êtres aux enfances saccagées, lui, en perdant sa mère à sa naissance, (Antoine,
son prénom, la seule chose qu’elle lui ait donné), elle, née d’une mère castratrice, (Pourquoi
a-t elle a pu atterrir dans ce ventre là ? Mais où est passé le cordon ?), vont se rapprocher le
temps d’une réflexion sur eux-mêmes, leurs vies, leurs peurs, leurs envies. L’espoir c’est quand
la vie peut basculer de la peur à l’envie.
Amanda Sthers nous embarque dans cette histoire d’amour impossible, dans un style direct
parfois cru, avec une sensibilité attachante pour ses deux personnages. Il y a un peu de Madeleine
et de Castellot en chacun de nous. On ne boude pas son plaisir et on déguste son roman d’une traite.
chez Stock, septembre 2007, 154 pages
La Bretagne et ses clichés, le froid, la pluie, le gris même s’il s’agit d’un beau gris bleuté
couleur de mélancolie, et puis Madeleine, 40ans collaboratrice d’une agence immobilière
de Brest, célibataire et sans enfant, un beau portrait de femme, aussi mélancolique que le
temps. Elle n’était pas très jolie, d’ailleurs on ne lui avait jamais dit, et elle s’était dite qu’elle
ne l’était pas, mais aujourd’hui elle se dit « qu’à force de lui répéter, elle aurait pu le devenir,
ou le croire, ce qui revient sans doute au même ».
Elle vivait dans ses rêves mais sans y croire, comme elle ne se souvenait pas d’avoir cru au
Père Noël, pas plus qu’au Prince Charmant, elle ne l’attendait pas d’ailleurs, elle était réaliste.
Elle pensait n’être en fait qu’un objet de curiosité sexuelle, elle prenait ce qu’on ne voulait
pas, « on ne revient guère plus de deux fois dans le sexe de Madeleine, une première fois par
accident, une seconde pour comprendre ce qui nous avait attiré la première fois ».
Son univers ressemble à un electro-cardiogramme plat, son travail, les feuilletons télé, et :
-Rémi, le cousin de son patron, « qui a très peu fait usage de son sexe, c’est pourrait-on dire
une première main, à part quelques révisions auprès d’une prostituée, et toujours la même ».
Il est gentil, con mais attentionné… et des points communs dans leur détresse et la peur de
l’avenir.
-Pépé Jacques, un grand oncle en maison de retraite, qui joue le rôle du vieux pervers « pour
ne pas parler de la mort qui le réveille en sueur chaque nuit, et qui, un jour, ne le réveillera plus
du tout », et qui supplie Madeleine de vivre par respect pour ceux qui n’avaient plus le choix.
Un jour, un coup de fil lui annonce un visiteur parisien à la recherche d’une maison, un certain
Castellot. Ce dernier n’arrive pas à faire le deuil de son père, breton d’origine modeste, qui a
fait fortune dans l’emballage des crêpes, mais « n’a jamais su avoir l’air de ce qu’il possédait ».
Il lui reste un malaise fait d’une gêne de ses origines alors que lui-même a bien réussi
professionnellement et s’est marié à une femme qui ne sait pas ce que c’est que « manquer »,
et se refuse à suivre son mari en Bretagne. Castellot lui, veut essayer de se réconcilier avec la
Bretagne, pouvoir pleurer son père et renouer une rencontre affective avec les lieux de son enfance.
Au lieu de cela, ce fût une rencontre bestiale avec le sexe de Madeleine, désir animal pour cette
femme qu’il ne connaît pas, et qu’il pense ne jamais revoir. C’est sans compter sur le magnétisme
des corps. L’attraction purement charnelle qu’il a pour Madeleine, cet amour à l’état brut, le
renvoie à celui qu’il aurait pu être s’il n’avait pas échappé au destin que lui prédisait son père.
Madeleine, elle, se condamne à ces attentes, ces étreintes sans lendemain, ces désirs refoulés.
Elle refuse l’amour de Rémi, qui lui déclame sa flamme lors d’un karaoké, en lui chantant du
Brel, « Madeleine que j’attends là…elle est toute ma vie, c’est mon Amérique à moi… »
Elle vit son fantasme. Cet homme dont elle ne connaît même pas le prénom, qui lui conseille
« de se jeter à l’eau, de nager, la confiance et l’envie viendront après », elle le prend tel quel,
pour le temps qu’il veut bien rester, sachant bien qu’un soir il aura disparu.
Mais ces deux êtres aux enfances saccagées, lui, en perdant sa mère à sa naissance, (Antoine,
son prénom, la seule chose qu’elle lui ait donné), elle, née d’une mère castratrice, (Pourquoi
a-t elle a pu atterrir dans ce ventre là ? Mais où est passé le cordon ?), vont se rapprocher le
temps d’une réflexion sur eux-mêmes, leurs vies, leurs peurs, leurs envies. L’espoir c’est quand
la vie peut basculer de la peur à l’envie.
Amanda Sthers nous embarque dans cette histoire d’amour impossible, dans un style direct
parfois cru, avec une sensibilité attachante pour ses deux personnages. Il y a un peu de Madeleine
et de Castellot en chacun de nous. On ne boude pas son plaisir et on déguste son roman d’une traite.
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