mercredi 22 octobre 2008

Le rapport de Brodeck de Philippe CLAUDEL


Le rapport de Brodeck de Philippe CLAUDEL
Stock – Août 2007 – 416 pages

Prix Goncourt des Lycéens 2007


L’histoire est une allégorie, qui se passe pendant la dernière guerre dans un pays non défini, une frontière de l’Allemagne on suppose, ce pourrait être la Pologne, l’Autriche, ou même l’Alsace, vu les noms des personnages a consonance germanique.
Brodeck est le narrateur, un homme qui n’a rien demandé et à qui on demande de raconter l’inénarrable.
Il s’agit de purification ethnique, de délation, de tortures, de culpabilité, mais aussi de survie. La haine de celui qui est diffèrent « L’Anderer, L’Autre » qui aurait pu d’ailleurs être le titre du livre. On pense à la shoah, à l’histoire de l’humanité, à ce monde terrible ou le crime a l’air d’une fonction naturelle et l’oubli de ces crimes des petits arrangements entre amis.
L’envahisseur résume sa demande de purification en racontant une anecdote concernant une variété de papillons qui vivent en groupe, tolèrent assez souvent d’autres espèces que la leur, mais qui, dès lors qu’un prédateur survient, se préviennent entre eux du danger, sans en avertir les autres, ce qui revient a les livrer au prédateur. «Lorsque tout va bien pour eux la présence d’un ou plusieurs individus étrangers à leur groupe ne les dérange pas, peut-être même en profitent ils d’ailleurs, d’une façon ou d’une autre, mais dès lors qu’un danger se présente, qu’il y va de l’intégrité de leur groupe et de sa survie, ils n’hésitent pas à sacrifier celui qui n’est pas des leurs. »
Reste après, à s’arranger avec sa conscience, mais la mauvaise conscience dès qu’elle devient collective, est souvent celle du voisin.
Philippe Claudel nous livre un roman fascinant qui nous hante et réveille de vieilles questions sur la noirceur de l’âme humaine, souvent générée par la peur et la lâcheté. « L’idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L’une et l’autre s’engraissent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu’à se propager. »
Un roman stupéfiant, qui se lit et se vit a rebours, en même temps que Brodeck remonte le temps pour écrire son rapport, et ses souvenirs.
Une vraie maîtrise de l’écriture, pour un livre grave, inoubliable. Incontournable dans la rentrée littéraire 2007, les lycéens, encore une fois ne se sont pas trompés de prix.

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