
DJEBEL de Gilles VINCENT
Timée Editions – 08/2008 – 327 pages
Pour son premier roman Gilles Vincent nous offre une sorte de thriller qui se déroule de nos jours à Marseille, mais avec pour toile de fond la guerre d’Algérie il y à quarante ans.
En 1960, un jeune appelé plutôt fragile, Antoine Berthier, n’a pas trop eu à souffrir des atrocités de la guerre sous les ordres du Capitaine Murat pendant ces dix huit mois, mais ses amis Ferrero, Mangin Adj et Michaud vont se charger de l’initier alors qu’il est sur le point de rentrer. Tuer n’est pas jouer, pour certains un fellaga de plus ou de moins c’est sans importance, pour Antoine Berthier ce fût deux de trop. Sur le bateau du retour, il se suicidera. Pour Murat et son équipe, pour l’armée, pour sa famille, ce sera « mort au champ d’honneur ».
Les guerres n’ont jamais renvoyé chez eux que des hommes abîmés. Quarante ans plus tard, sur le point de mourir, Michaud décide de se libérer de son secret et de révéler le suicide de Berthier à sa sœur jumelle Viviane. Pour elle c’est le choc, qu’est-ce qui a pu pousser son frère à se suicider ? Elle va charger un détective privé marseillais, ancien des stups, Sébastien Touraine, de retrouver les hommes du contingent proches de son frère à l’époque. Le passé va alors refaire surface d’une façon macabre, en une journée, Ferrero, Mangin et Adj vont y laisser leur peau. Décidément la mort du petit
Berthier portait en elle bien plus qu’une simple interrogation.
Touraine va s’allier à Aïcha Sadia, jeune femme d’origine kabyle, commissaire de la police marseillaise, « belle et tragique à la fois, un peu comme l’Algérie finalement ». Mais celle-ci va voir remonter à la surface ses peurs d’enfant qu’elle avait refoulées, récits à voix basse des plus grands sur les atrocités commises, petites filles violées et garçons égorgés devant leurs parents, tortures à la gégène…Elle sût qu’elle avait rendez vous avec la terre des siens. « Les nuages des anciens n’ont pas de frontière, et peuvent à tout moment assombrir nos vies que l’on pensait lumineuses ».
Ces deux là vont se plaire, Aïcha va aimer sa ponctuation, ses virgules et ses points de suspension silencieux, Sébastien va quant à lui se complaire à suivre ses points d’exclamation, d’interrogation et de suspension et aussi ses parenthèses. Une même respiration sous le ciel marseillais, parfois orageux, mais toutes les villes du sud n’ont jamais rien compris à la pluie, et les folies du ciel ici ne durent pas longtemps. Ils vont partir à la recherche de la vérité, dénicher les faux semblants et relier ce qui parait disparate. Une vrai travail d’archéologues, il va leur falloir extraire, dépoussiérer, et interpréter cette vérité enfouie qui depuis quarante ans reliait une poignée d’hommes du Djebel à ce pays souillé par une guerre qui fût un fiasco et laissa deux peuples qui n’ont jamais pu se pardonner. « Voilà comment le silence, quand il est lourd comme une pierre tombale, peut pendant quarante ans ensevelir une des zones d’ombre de la guerre d’Algérie ».
Un roman passionnant qui se lit d’une traite, avec un personnage à part entière Marseille « une ville d’ocre et de bleu, une palette en relief zébrée, de ruelles sombres comme des veines, et d’artères larges comme des cicatrices ouvertes », une histoire qui quand elle paraît résolue est sujette à rebondissements, et comme un clin d’œil se termine le 11 septembre 2001 avec la diffusion à la télé d’un autre épisode de la folie des hommes. Son détective est attachant, et Gilles Vincent pense en faire un personnage récurrent. On attend sa prochaine enquête.
Timée Editions – 08/2008 – 327 pages
Pour son premier roman Gilles Vincent nous offre une sorte de thriller qui se déroule de nos jours à Marseille, mais avec pour toile de fond la guerre d’Algérie il y à quarante ans.
En 1960, un jeune appelé plutôt fragile, Antoine Berthier, n’a pas trop eu à souffrir des atrocités de la guerre sous les ordres du Capitaine Murat pendant ces dix huit mois, mais ses amis Ferrero, Mangin Adj et Michaud vont se charger de l’initier alors qu’il est sur le point de rentrer. Tuer n’est pas jouer, pour certains un fellaga de plus ou de moins c’est sans importance, pour Antoine Berthier ce fût deux de trop. Sur le bateau du retour, il se suicidera. Pour Murat et son équipe, pour l’armée, pour sa famille, ce sera « mort au champ d’honneur ».
Les guerres n’ont jamais renvoyé chez eux que des hommes abîmés. Quarante ans plus tard, sur le point de mourir, Michaud décide de se libérer de son secret et de révéler le suicide de Berthier à sa sœur jumelle Viviane. Pour elle c’est le choc, qu’est-ce qui a pu pousser son frère à se suicider ? Elle va charger un détective privé marseillais, ancien des stups, Sébastien Touraine, de retrouver les hommes du contingent proches de son frère à l’époque. Le passé va alors refaire surface d’une façon macabre, en une journée, Ferrero, Mangin et Adj vont y laisser leur peau. Décidément la mort du petit
Berthier portait en elle bien plus qu’une simple interrogation.
Touraine va s’allier à Aïcha Sadia, jeune femme d’origine kabyle, commissaire de la police marseillaise, « belle et tragique à la fois, un peu comme l’Algérie finalement ». Mais celle-ci va voir remonter à la surface ses peurs d’enfant qu’elle avait refoulées, récits à voix basse des plus grands sur les atrocités commises, petites filles violées et garçons égorgés devant leurs parents, tortures à la gégène…Elle sût qu’elle avait rendez vous avec la terre des siens. « Les nuages des anciens n’ont pas de frontière, et peuvent à tout moment assombrir nos vies que l’on pensait lumineuses ».
Ces deux là vont se plaire, Aïcha va aimer sa ponctuation, ses virgules et ses points de suspension silencieux, Sébastien va quant à lui se complaire à suivre ses points d’exclamation, d’interrogation et de suspension et aussi ses parenthèses. Une même respiration sous le ciel marseillais, parfois orageux, mais toutes les villes du sud n’ont jamais rien compris à la pluie, et les folies du ciel ici ne durent pas longtemps. Ils vont partir à la recherche de la vérité, dénicher les faux semblants et relier ce qui parait disparate. Une vrai travail d’archéologues, il va leur falloir extraire, dépoussiérer, et interpréter cette vérité enfouie qui depuis quarante ans reliait une poignée d’hommes du Djebel à ce pays souillé par une guerre qui fût un fiasco et laissa deux peuples qui n’ont jamais pu se pardonner. « Voilà comment le silence, quand il est lourd comme une pierre tombale, peut pendant quarante ans ensevelir une des zones d’ombre de la guerre d’Algérie ».
Un roman passionnant qui se lit d’une traite, avec un personnage à part entière Marseille « une ville d’ocre et de bleu, une palette en relief zébrée, de ruelles sombres comme des veines, et d’artères larges comme des cicatrices ouvertes », une histoire qui quand elle paraît résolue est sujette à rebondissements, et comme un clin d’œil se termine le 11 septembre 2001 avec la diffusion à la télé d’un autre épisode de la folie des hommes. Son détective est attachant, et Gilles Vincent pense en faire un personnage récurrent. On attend sa prochaine enquête.
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