dimanche 10 août 2008

Alabama Song de Gilles LEROY




ALABAMA SONG de Gilles LEROY
Editions Mercure de France (11/ 2007) 188 pages





1918, Alabama Etats-Unis, Zelda fille du juge Sayre, une très jolie jeune fille, une belle du Sud délurée et insolente malgré le puritanisme de sa famille, Francis Scott Fitzgerald, un beau lieutenant du Nord, dandy et futur écrivain de renom, ils allaient s’aimer jusque dans la célébrité. Ils étaient si semblables en tout, mi-ange mi-démon, « deux créatures insatiables et condamnées à être déçues », même leur physique avait un air de famille, on les aurait cru frère et sœur.
Gilles Leroy, va raconter ce couple mythique des années 1920, et écrire ce livre à la première personne, version Zelda. Zelda avec Scott et les années folles, à New York, à Paris ou elle aimera les bouges de la Rive Droite, les bars homos, les orchestres de tango qui précéderont ceux de Jazz, et la Côte d’Azur, Fréjus et le Cap d’Antibes. Zelda sans Scott vingt ans après, face à ses docteurs, des visages interchangeables avec toujours les même questions sur ses névroses et sa folie. Il s’agit d’une fiction nous dit l’auteur, mais en réinvestissant le personnage de Zelda, il frôle la réalité et nous livre un portrait sans concession, finalement loin de la schizophrénie détectée par ses psychiatres, plutôt une fêlure comportementale. La folie les a-t-elle séparés ? Non, elle les a plutôt unis et réunis, et c’est sa lucidité qui va les séparer. Elle dira à son psy « l’amnésie n’entre pas dans les symptômes de mon désordre ».
Ils ont inventé la célébrité et le commerce qui va avec, tous débordements de leur part faisaient monter leur cote. Scott lui apportera une vie mêlant bohême, luxe et démesure, alcool et perdition, voire autodestruction. Mais c’était un binôme sinon rien. Le succès elle le vivra « en comparse, en accessoire décoratif à l’ombre du génie ». Pourtant Scott n’était rien sans Zelda, elle alimentait ses romans non comme une muse, mais comme « nègre involontaire ». Ses mois de clinique lui donneront l’occasion d’écrire son journal qui alimentera les nouvelles qu’écrit Scott, car pour lui « écrire est une affaire d’hommes ». Il la laissera peindre, dans ce domaine son ego sera sauf.
Leur couple ne correspondait pas aux normes de l’époque, et la naissance d’une fille ne changera rien. Pour Scott, le sexe n’était pas la discipline où il brillait, alcool et drogues obligent, il n’apportera donc pas la stabilité affective et sexuelle que Zelda attendait. Elle trouvera l’amour dans les bras d’un aviateur français posté à la base de Fréjus, Edouard Jozan qui lui apportera l’ivresse sans l’alcool, « l’extase indécente des gens qui s’aiment », mais une torture pour Scott. Leur idylle fût de courte durée, la vengeance de Scott, ce sera une clinique suisse sous forme de palace haute sécurité pour célébrités. Il sera d’ailleurs généreux à ce sujet, il lui offrira vingt cliniques, une façon de la posséder à jamais. Elle fût brimée, bridée, brisée, l’alcool aidant, il la traitera pire qu’une prostituée, une sorte de « viol marital…la saleté et la honte cousue avec ». Elle sera dépossédée corps et âme, sans résistance, et lui dira avec humour « toi que j’ai aimé à me rendre folle ».
Gilles Leroy a pris des risques avec cette création originale mais il nous donne un beau portrait de femme, étoile fragile, petite fille perdue mais sensible, qui voulait tout, et qui l’eut à la folie. En même temps il remet les pendules à l’heure en ce qui concerne Scott Fitzgerald qui tombe du piédestal ou on avait pu le placer. L’écriture est fluide même si on passe des années vingt aux années quarante avec pour seul repère les dates que l’auteur a mis en marge, mais cette déraison dans la chronologie m’a séduite, un brin de folie que Zelda nous fait partager.

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