lundi 23 juin 2008

Le Soupçon De Laura GRIMALDI


Le Soupçon de Laura Grimaldi de 1988
Editions Métailié (février 2004) 210 pages
Traduit de l’italien par Serge Quadruppani


Laura Grimaldi, directrice d’une revue d’espionnage « Segretissimo » nous offre ici son deuxième roman, avec pour toile de fond l’affaire du « monstre de Florence » sur laquelle elle a enquêté en tant que journaliste.
Il s’agit de meurtres à répétition les nuits de nouvelle lune, les victimes sont de jeunes couples ayant choisi l’isolement et sur le point de faire l’amour, l’homme est tué de plusieurs balles, la femme est en plus tailladée avec une lame très fine, une sorte de bistouri, elle est mutilée au niveau des seins et du pubis sans être violée.
Le « Monstre » comme le nommeront les florentins, est le centre de toutes les discussions, on sait qu’il est grand et gros, on l’imagine vivant seul, un fou qui défie le danger, un impuissant qui se déchaîne lorsqu’il voit deux jeunes gens jouir de l’amour comme il ne pourra jamais le faire.
Et puis, il y a Mathilde, qui vit seule avec son fils Enée, la cinquantaine, au physique balourd et disgracieux. Or, le même jour, deux événements, le déplacement de la trousse à bistouris de son mari et la visite des gendarmes
au sujet d’un pistolet que possède son fils, vont bouleverser la vie de Mathilde. Dans la paranoïa ambiante, un effroyable doute va s’emparer d’elle, que fait Enée de ses nuits ? A t-elle engendré un monstre ? Au fil des nuits sans dormir, elle ne pourra pas s’empêcher de rapporter chaque acte, passé et présent de son fils, au soupçon qui s’était insinué dans son esprit. Le ver est dans le fruit, plus les meurtres se poursuivent, plus ça devient une vraie torture pour elle. Mais, une mère peut-elle dénoncer son fils ? D’ailleurs la mère d’un monstre ne peut être qu’un monstre elle-même.
Son fils, en fait, a part son travail à mi-temps chez un ami notaire, s’est épris d’une jeune toxico Nanda, il l’héberge dans une garçonnière, la fournit en coke, vide ses économies, vend les tableaux appartenant à son père en prenant bien soin d’en faire faire des copies par son ami George, peintre anglais sans le sou.
Toutes ces cachotteries ne feront qu’alimenter les peurs de Mathilde. Peur de
perdre l’être qui lui est le plus cher, peur de rester seule, peur du scandale qui rejaillira inévitablement sur un nom florentin au dessus de tout soupçon
depuis des décennies. Le notaire lui parlera de « devoir dynastique » et lui fera d’ailleurs comprendre qu’en échange d’un nom « les comportements doivent être irréprochables, de manière à ne pas donner prise, même de loin, à l’ombre d’un scandale ».
Elle ira seule au bout de sa souffrance, en quête de sa vérité.
L’auteur nous fait vivre au fil des pages les errances mentales de chacun des personnages, de façon à laisser planer le doute jusqu’au bout dans notre esprit comme dans celui de Mathilde. Un très bon roman déguisé en polar.



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