samedi 21 juin 2008

Chaque femme est un roman D'Alexandre JARDIN


Chaque femme est un roman
Alexandre JARDIN
Editions Grasset (Mars 2008) 294 pages

Alexandre Jardin, poursuit ici son étude familiale, en parlant de la première femme de sa vie, sa mère, une grande prêtresse de la fantaisie. Elle lui inculqua la liberté comme terrain de jeu, elle lui apprit à immoler par le feu ses fonds de bibliothèque, on a l’âge de sa bibliothèque dira t-elle, « nos étagères vides appelleront d’autres livres, afin qu’aucune pensée lénitive ne stagne jamais à la surface de l’esprit », et elle lui affirma à 9 ans, « Désormais tout dans notre vie sera provisoire » et à sa question, çà veut dire quoi provisoire ? Elle répondra « çà veut dire vivant mon chéri ». Il échappera ainsi toute sa jeunesse à « l’universelle fatigue des choses » et se convertira aux bienfaits du désordre.
Ce principe lui amènera une curiosité naturelle pour toutes les bizarreries de la nature humaine, et plus spécifiquement féminine. Il va donc consacrer ce livre à des femmes, qui comme sa mère, ont choisi le refus des mises aux normes, ont franchi les barrières de l’impossibilité, et ont pris des tangentes en osant une ouverture maximale de compas. Chacune à sa façon, par le biais d’un chapitre, devient un mini roman. Toutes plus insolites les une que les autres, ces femmes, capables des plus suaves transgressions, deviennent des « produits chimiques instables » et inspirent à l’auteur un roman d’apprentissage de la liberté dans la réalité.
On aimera cette banquière qui vit par procuration au gré des relevés des cartes bleues de la famille « Jardin », cette autre qui, quand sa vie est bloquée, fait du stop Portes d’Orléans avec un panneau « toutes directions », ou cette asiatique de rêve qui l’emmène dans sa chambre pour lui faire signer un bouquin de Daniel Pennac, cette proviseur qui s’emploie à faire échouer ses élèves pour mieux les faire réagir, aussi cette tante bigote, qui avouera sur le tard à toute la famille qu’elle frayait depuis vingt ans avec le frère de son mari et que ses quatre enfants sont de lui, enfin cette ancienne maîtresse de son père, qui à la fin de sa vie, écrit à l’auteur, pour faire l’éloge de son géniteur et lui conseiller de rompre « le licol du raisonnable » d’aimer les précarités plutôt que les gages, de butiner ses mille contradictions, mais de faire ce chemin au bras d’une compagne « qui sait se raconter des histoires ».
Mais il ne faut pas trop réclamer au réel, il nous dira, « Il y a des femmes de rêve à qui l’on doit autant qu’aux filles de nos nuits véritables ». En tout cas réelles ou romancées, ces histoires passent par le pouvoir des mots, ils sont là pour rendre un hommage vibrant à toutes ces femmes animées d’un grain de folie.
La littérature provoque des confidences, et on peut faire confiance à Alexandre Jardin pour avoir exploité celles-ci avec beaucoup d’humour et de dérision. Sous sa plume chaque femme délivre sa prose intérieure et devient à elle seule un roman sans l’avoir écrit. Il a vraiment suivi les conseils de son amie Françoise Verny qui lui disait « Ecrire du roman, c’est duper les autres et soi même avec enthousiasme ».
L’enthousiasme est vraiment là, c’est un livre réjouissant, mêlant folie, réflexions et humour, et on imagine facilement son éclat de rire habituel, à la fin de chaque histoire.

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