lundi 15 décembre 2008

Croisière jaune de ZOLMA




CROISIERE JAUNE de ZOLMA

Editions Krakoen - Juin 2006 – 271 pages


Dès le début on a la vague impression de déjà lu, car çà commence comme un bon vieux Léo Malet où Lily Vedrine, un Nestor Burma en jupon mais sans saxo, sans chat ni secrétaire, essaie de sauver son agence de détective du gouffre financier tout en jouant les débordées. Son ego fort développé, celui de l’élite des flics privés, lui fera donc faire la fine bouche devant une éventuelle cliente, Maryse Pradelles, qui lui propose une banale histoire d’adultère, intrigue minable à son goût.
La cliente, une bourge déguisée en « vitrine de la place Vendôme », avait tout pour déplaire à Lily, mais comme elle « tutoyait le dépôt de bilan », et que « l’argent n’a pas d’arôme », elle acceptera cette enquête purement alimentaire! Pour Maryse Pradelles, Emile, le mari supposé coupable, avait peut être l’idée de « changer de tanière » et elle préférait s’assurer une rente avant la « migration ». Lily va donc prendre la direction de Montauban, là où Emile passe tout son temps à soi-disant développer sa nouvelle agence et pour gagner son blé elle va devoir impérativement rapporter à sa femme une photo de « Mimile courant la ribaude ».
On comprendra vite que comme pour Burma, plus l’enquête parait simple et plus les ennuis pleuvent et les cadavres avec. Comme Burma elle est libre et sans attache, désabusée et aventureuse prête à succomber aux charmes du sexe opposé. En l’occurrence ce sera Marc, en séminaire à Montauban pour une boite de logiciels, un type mal dans sa peau, fataliste face au licenciement qui l’attend, plus du tout en accord avec ses rêves ni avec lui-même. Lily l’aidera à camoufler un meurtre en accident, et aura déjà les flics sur le dos alors qu’elle n’a pas encore enquêté sur Pradelles.
La filature de ce dernier du côté de Port-Vendres aboutira à tout autre chose qu’une partie de jambes en l’air, mais plutôt à un trafic de petits hommes jaunes, vrais faux papiers compris, marché lucratif pour l’importateur comme pour l’acquéreur, le travail clandestin étant vite amorti vu les salaires pratiqués. Ca ne lui portera pas chance à Emile, on le retrouvera en kit dans un terrain vague de la banlieue de Toulouse, mort comme un kamikaze palestinien. Le commissaire Lafourche ne manquera pas de mettre aussi ce deuxième meurtre sur le dos de Lily qui collectionnait plus de mobiles que d’alibis.
Il faut dire que son passé ne l’aidait pas, elle était devenue détective privé parce qu’elle s’était fait virée de la police pour fréquentation intolérable avec un proxénète, et se trimbalait un passé de gauchiste tendance trotskiste. Ses fréquentations n’étaient guère mieux, Philippe, un patron de bistrot ancien militant extrémiste qu’elle avait connu à Fleury-Mérogis quand elle donnait des cours de réinsertion, prêt à l’aider pour un coup de main musclé, et Victor, son voisin toubib qui de retour d’Afrique donnait dans le social, travaillait pour le plaisir et « emmerder le Grand Capital », prêt à l’aider à blanchir l’argent détourné à Emile.
Lily est courageuse et rebelle, elle réglera quelques comptes avec les dérives du système, sa dérision, sa gouaille insolente à tout pour nous séduire, çà lorgne du côté de Frédéric Dard. Pourtant tout au long du livre j’ai eu du mal à intégrer son statut de femme, son parler, ses réactions sont masculines, sa seule féminité ce sont ses doutes. Je regrette aussi une fin un peu bâclée même si les rebondissements sont là. Un polar agréable quand même, Lily retrouvera sûrement un peu d’assurance et de féminité lors de ses prochaines enquêtes, faisons confiance à l’auteur qui nous livre là son premier polar.

dimanche 7 décembre 2008

Le cas Sonderberg d'Elie WIESEL





ELIE WIESEL - LE CAS SONDERBERG
Editions GRASSET – Août 2008 – 247 pages


« Quel diable avait donc poussé Werner Sonderberg à interrompre ses cours à l’Université de New York pour aller se promener avec son vieil oncle chauve et désabusé si loin du Village ? Qu’est ce qu’ils ont pu se dire pour que leur querelle atteigne une violence meurtrière ? Accident, suicide, meurtre ? Peut on consentir à emmener dans la tombe une énigme qui refuse de livrer son secret ? » Les premières pages du roman ainsi que son titre annoncent d’emblée le sujet du livre, une sombre affaire de culpabilité, celle de celui qui commet le crime, et celle que l’on ressent même si l’on est innocent. Mais comme à son habitude ce cas « Sonderberg » va être un prétexte à réflexion pour Elie Wiesel, sur ses interrogations, ses doutes, le bien et le mal, (la pureté n’est valable qu’en chimie, pas dans les agissements de l’âme dira t-il ), la justice, celle du bourreau qui n’est pas la même que celle de la victime, le fardeau de la parenté, et il en profitera pour revisiter sa mémoire et nous parler de la vie « ce couloir entre deux abîmes »
Yedidhya, le narrateur, critique de théâtre, va être amené exceptionnellement à couvrir pour son journal le procès Sonderberg, ce n’est pas dans ces cordes mais son rédacteur en chef insiste et affirme que le tribunal est comme une scène de théâtre, qu’aux assises la pièce qui s’y joue comporte drame et suspense voire même des costumes pour certains pays : « en Angleterre les juges portent des perruques, en France c’est la robe ». C’est ainsi que Werner Sonderberg neveu de Hans Dunkelman va faire irruption dans l’existence de Yedidhya, son procès va le fasciner au point d’affecter ses rapports avec sa propre famille et le tourmenter encore bien des années après. Le coup de théâtre de ce procès c’est quand l’accusé, à la question fatidique sur sa culpabilité, répondra « coupable ET non coupable ». Comment peut on être l’un et l’autre en même temps ? Une option acceptable en philosophie mais pas devant la justice, elle est là pour trancher. Mais où commence la culpabilité de l’homme et où s’achève t-elle ? Question de responsabilité ? Tout a un sens, même ce qui peut paraître insensé et ce n’est pas le silence du jeune allemand qui risque d’apporter la solution, il semble ne pas avoir envie de se défendre,

la justice s’est faite d’elle-même entre le vieil homme et son descendant.
Après le procès Yedidhya trouvera le prétexte d’un reportage en Israël pour faire le point et oublier le jeune allemand, mais il n’y trouvera que de la haine, le sang qui coule et toujours la mort victorieuse. Où est la paix là dedans ? Son reportage, « le rêve d’un monde débarrassé

de toute cruauté, du cynisme et de tous les fanatismes » il le dédiera à son grand-père, lui expliquant qu’ici il n’a pu oublier que le théâtre, peut être parce que «ni le destin ni l’histoire

ne se présentent comme un spectacle que l’on peut interrompre ou annuler à volonté». Il va aussi revenir sur l’histoire de sa propre famille emportée dans la tourmente de l’Histoire et chercher à retrouver son enfance perdue, cette partie de sa vie qui lui avait échappée. Guetté par la folie il aura recours au psy et à l’hypnose. Il s’en voulait de s’être créé un passé en adoptant le passé d’étrangers, simplement parce qu’ils l’avaient élevé. On ne vit pas dans le passé mais le passé vit en nous et nous rattrape. Il faut assumer son destin, « chacun joue sa propre pièce, tant que le rideau n’est pas tombé, tout est possible ».
Elie Wiesel, avec ce livre, traite de l’ambivalence en nous fournissant une double intrigue, deux destins assombris par de troublants secrets, un grand père de substitution vénéré par l’un, et un grand père de sang abhorré par l’autre. Pourquoi les générations actuelles ressassent elles encore tant la culpabilité de leurs ancêtres ? Ce roman est grave et mélancolique, il y a des vérités et des doutes, des angoisses et de l’espoir, une atmosphère de sincérité profonde propre à l’auteur, il a eu le prix Nobel de la Paix, il aurait pu avoir celui de la Littérature.






jeudi 27 novembre 2008

7 Pierres pour la femme adultère de Vénus KHOURY GHATA




7 PIERRES POUR LA FEMME ADULTERE
de Vénus KHOURY-GHATA
Mercure de France – 07/2007 – 189 pages




A Khouf, village aux portes du désert, Noor attend la mort avec calme et sérénité, il ne lui reste que quarante jours avant sa lapidation décidée par la fatwa, cette loi religieuse islamique incompréhensible pour nous autres occidentaux. Les pierres sont sur la place qui attendent, les sept premières seront soi-disant salvatrices, réparatrices de la faute commise.
Elle a été violée par un étranger qui travaille à la construction du barrage voisin, mais d’après Noor, ce fût une pénétration consentie car elle y a pris du plaisir, même plusieurs fois, honte ultime ! Elle s’en remet à la tradition, à l’oeil d’Allah et sa liste d’interdits, « j’ai trahi mon sang, je dois donc payer ». Elle attendra derrière sa haie qu’on vienne la chercher, que le khamsin se calme car ce vent de sable brûlant laisse la terre aride et que la pluie tombe pour qu’on puisse creuser sa tombe. C’est dans le dénuement le plus complet, un matelas une marmite et une chèvre, qu’elle acceptera l’aide humanitaire du docteur Paul.
Ce dernier, lui envoie sa dernière recrue, peut faite semble t-il pour le don de soi. Elle semble là pour régler des comptes, son amant et son chat l’ont quittée, le premier pour sa femme le second pour le pays des chats, elle a fuit son problème au loin pensant combler sa vie avec le désespoir des autres, laissant le temps arranger le temps, exactement comme le docteur Paul qui est venu lui, oublier les vagues bretonnes qui ont emporté son enfant. Elle n’était pas prête à donner et encore moins à recevoir, pourtant elle va entamer un combat pour sauver Noor. Elle va surprendre tout le monde, même Amina l’amie de Noor va se poser des questions, que savait elle de ce pays ? « Rien. Sinon elle ne se serait pas encombrée d’un parapluie. Vous imaginez cette chose dans un village où les nuages ne font que passer pour aller uriner ailleurs ».
Elle va croire en son pouvoir de sauver cette femme dans ce pays machiste, surtout que Noor est enceinte et que l’aiguille à tricoter qui aurait du détricoter l’enfant à naître, n’a servi à rien. Noor évite de justesse une septicémie et la mort, « une façon de devancer les choses, et tant mieux pour les poules, les pierres sur la place auraient servi à chasser les renards ». Mais que faire pour sauver cette femme et son enfant ? Elle veut plaider leur cause auprès du « ministre de la répression du vice » et de « l’imam protecteur de la vertu », (et on ne rigole pas car ils existent vraiment dans les régimes taliban, ils ont même participé à la destruction du musée de Kaboul en 2001!). Amina lui conseille la Maison de la veuve et de l’Orphelin à la ville voisine. Les femmes de l’association sont sceptiques mais pleines de ressources moyennant finance, pour avoir une audience cette étrangère doit être accompagnée d’un mari, qu’à cela ne tienne Abdul est là, chauffeur de car, il a l’habitude des mariages par mitaa (chez nous mariage blanc), car il a déjà quatre femmes et dans cette drôle de religion à partir de la cinquième çà ne compte plus !!!
Pour le ministre de la répression du vice ce sera un non catégorique, pour le mollah elle réussira à lui extorquer un papier qui repoussera la lapidation après la naissance de l’enfant avec pour conclusion, « ce petit être est un fruit pourri et le bon sens indiquerait de couper l’arbre à la racine en même temps que le fruit ». Noor est bien de cet avis, « quel intérêt pour cet enfant de venir au monde le jour où des centaines de pierre auront fracassé le crâne de sa mère ».
Pour l’héroïne l’occident s’éloigne à mesure qu’elle patauge dans les pas des habitants de Khouf, ceux là même qui se battent contre le sable qui envahit leurs masures, contre le khamsin qui les enferment chez eux comme des rats, ou contre la sécheresse qui assèche leurs puits. Au départ des humanitaires elle ne se résoudra pas à abandonner Noor, ils risquaient de relancer la fatwa qui pèse sur elle. L’étrangère continuera son combat, fera office d’infirmière et d’institutrice avec Amina qui elle rêve de lui ressembler, « croiser les jambes, fumer, montrer ses cheveux et ses doigts de pieds » et ne plus être « un trou pour les besoins de l’homme qui jette son jus comme on crache, comme on vomit ». Noor, elle, ne pense qu’à rejoindre son étranger de l’autre côté de la montagne, mais une femme non accompagnée d’un mari ou d’un frère est vouée au malheur, « c’est comme une chèvre non attachée à un piquet ». On ne se rebelle pas contre l’ordre établi, il faudra que quelqu’un meurt, Noor ou une autre peut importe.
L’auteur Vénus Khoury –Ghata, qui a manqué de peu le prix Renaudot 2007 pour ce livre, est libanaise de naissance mais française d’esprit, une fabuleuse conteuse, cela se sent, la langue est savoureuse et riche de cette double culture, un peu comme un plat occidental aromatisé aux épices de l’orient. Il y a aussi beaucoup d’humour de sa part, le muezzin est comparé à un perroquet, la cigarette est pire que le haschich, le vin pire que le raki, et Allah a du arriver à Khouf en fin de parcours car il y a bâclé son travail. Mais c’est surtout un livre de femme, pour la lutte des femmes, elle pause la vraie question de savoir si on peut les libérer du poids des traditions ancestrales et du fanatisme religieux ? Rien n’est gagné quand on voit que la blonde à moitié dénudée sur l’écran représente pour les femmes une reine, pour les jeunes une mariée, et pour les hommes une pute ! Et quant aux jeunes, elle nous dit qu’au mieux « les doux deviendront des moudjahidin, les violents des terroristes et des imams ceux qui sauront échauffer les foules par leurs prêches ». Les mots sont parfois durs et froids comme des pierres pour réveiller notre colère mais la sensibilité n’est pas loin, à fleur de peau, et comme le ciel qui se retient de pleuvoir, on retient ses larmes.
Si le pays n’est pas vraiment défini, on pense à l’Afghanistan, pourtant son roman est tiré d’une histoire vraie qui s’est passée en Iran, il n’y a pas si longtemps, et ou la seule problématique des dirigeants était de savoir si la lapidation avait lieu avant ou après la naissance de l’enfant, édifiant non !!!

mardi 4 novembre 2008

Cale sèche d'Alain MOURY


CALE SECHE – ALAIN MOURY
Editions Robert Laffont - Collection Agent Secret N°26



Jean Loup était content de voler une voiture pour emmener sa petite amie à la villa de ses parents, située dans un endroit sauvage à 20km de Lorient, il sait ses parents et sa grand’mère absents, c’est l’occasion rêvée. La bagatelle serait pour une autre fois, car leur surprise fut de taille, les parents étaient bien absents, mais la grand’mère gisait avec six balles dans le corps.
Le commissaire Le Gonnec prit l’affaire en main et se rendit à l’enterrement de la vieille dame au village de Couëtlauff, un hameau en déperdition, entre la forêt et la lande, et ce jour là brûlé par un soleil de plomb comme on n’en voit qu’exceptionnellement en Bretagne.
Dans ce paysage de désolation, surgit d’on ne sait où, un drôle d’individu à la chevelure blond roux et au visage brique, un irlandais du nom d’Abel Cinquin. Que faisait il là ? Sa réponse, « un cimetière est un lieu public, une chapelle de même, seul est privé le cercueil et ce n’est pas moi qui suis dedans », humour macabre soit, mais qui va bien au personnage, un raisonneur à l’aise dans les situations dramatiques, qui a le charme des grands escrocs, et peut faire avaler des couleuvres comme justifier sa présence grâce à un carton officiel signé du premier ministre. Pour l’instant il collait aux basques de Le Gonnec et ce dernier se demandait bien pourquoi en haut lieu on s’intéressait à ce meurtre, çà sentait les services secrets et Cinquin, avait bien l’allure d’une barbouze nouvelle vague, sans idéologie, moitié truand moitié bourgeois. Etait il là pour lui faire faire le boulot et se tirer avec les infos ?
Les rebondissements vont aller bon train, une explosion au cimetière, une vieille sorcière sœur de la défunte est introuvable, le père de Jean Loup, fils de la grand’mère trucidée, un mareyeur du nom de Landiras disparaît, une autre explosion souffle sa villa, Cinquin fait tout pour paraître suspect, joue la fille de l’air laissant Le Gonnec et le juge Cavarno jouer au jeu des suppositions. Car tout tourne autour de cette famille bizarre les Landiras, chaque membre étant muré dans son propre univers. Pourquoi le père, prof et militant communiste acharné, avait il opté pour le métier de son beau père, le commerce du poisson ? Pourquoi Mûrier qui travaille à la mise au point du premier sous marin atomique français,
est il devenu l’ami de la famille, le logeur de Jean Loup à Lorient et son partenaire au poker ?
On va patiner tout le long du livre au côté de Le Gonnec, mais avec beaucoup de plaisir, c’est le but d’ailleurs, car le dénouement alambiqué de cette énigme sur fond d’espionnage est rapide et brutal, (dix pages d’explications succinctes), le jeu de piste étant plus dans l’imbrication des personnages, et l’espionnage dans les chausse trappes que posent Cinquin. L’écriture est vive et enjouée, comme l’intrigue, on s’y laisse prendre.
NB : Alain Moury pourrait être un des nombreux pseudos de Frédéric Dard, relire à ce sujet le bulletin n°5 des Polarophiles Tranquilles : www.polarophile.com




samedi 25 octobre 2008

Dolores HITCHENS


« Dans l’intérêt des familles » de Dolorès HITCHENS
Traduit de l’Américain par Michel PEYRAN
Editions Gallimard 1960- 251 pages (Carré Noir n°461)


Au départ du roman, une lettre anonyme adressée à la police, dans laquelle l’auteur affirme, avoir tué trois adolescents l’année précédente, et avoir déjà choisi sa quatrième victime. Les trois premières, pour la police, étaient décédées par accident,
ou d’homicide involontaire pour un avortement qui avait mal tourné. Que veut dire cette lettre ? Est-ce un canular ? L’auteur semble signifier que la mort de ces trois personnes, aurait été moralement souhaitable… des meurtres « dans l’intérêt des familles » en quelque sorte. Les policiers sont sceptiques, car dans cette lettre il y a un besoin d’épater ceux qui vont la lire, çà sonne faux, mais en même temps on sent la raillerie orgueilleuse d’un fou qui se prend pour Dieu, peut décider de ce qui est bien et mal et ne peut plus se contenter d’être seul à connaître la vérité.
Redémarre alors l’enquête de deux policiers, ils vont reprendre les faits, revoir les familles des disparus, chercher comment ces accidents ont pu être commandités par ce fou. Même si le doute subsiste, chaque proche va s’impliquer dans cette quête de la vérité, et surtout faire en sorte que cet illuminé ne sévisse plus.
Dolorès Hitchens sait saisir à merveille les traits de caractère, l’enquête est seulement là comme un fil conducteur, il suffit de tirer pour que se déroule une histoire prenante jusqu’à la dernière page.


LA VICTIME EXPIATOIRE de Dolorès HITCHENS
Editions Rivages Noir/Avril 1990


L’histoire est celle de Sader, un détective privé comme on les aime, désabusé, noble et désintéressé, qui quand on lui donne un os à ronger, ne peut s’empêcher d’aller jusqu’au bout pour l’amour du métier. D’ailleurs son client, un certain Gibbings, lui demande, « je veux savoir si vous êtes un gars futé, qui s’accroche, prêt à tout pour arriver à ses fins ». Il devra effectivement s’accrocher.
Pourtant, elle s’annonçait simple cette enquête, rechercher un enfant qui a disparu à la mort de ses parents adoptifs, et qui est soi-disant maltraité, comme l’affirme une lettre anonyme envoyée à Gibbings, le prétendu grand-père naturel. Sader va essayer de résoudre cette équation à plusieurs inconnues, car les gens impliqués, Gibbings compris, ont tendance à être plutôt cachottiers, et vénals. Il y a un grain de sable qui empêche de reconstituer le puzzle, et nous sommes pris dans l’engrenage au même titre que Sader, pour réussir à sauver cet enfant séquestré et battu.
Dolorès Hitchens nous raconte cette histoire, sous forme d’enquête à tiroirs, sans sensibilité exagérée sur le portrait de la mère, pleine d’humanité même pour les personnages les plus durs, et nous livre une enquête palpitante où la psychologie remplace les coups de feu.

POURQUOI DOLORES HITCHENS ?

Consulter le bulletin n° 12 qui lui est consacré signé Thierry Cazon et Julien Dupré

de l'association " Les Polarophiles Tranquilles "

Contours du jour qui vient de Léonora MIANO





« CONTOURS DU JOUR QUI VIENT » Léonora MIANO

Editeur PLON – Mai 2006 – 275 pages






Léonora Miano pour son deuxième roman nous emmène au Mboasu, un état imaginaire d’Afrique qui se relève difficilement d’une guerre fratricide et est frappé de misère et de folie.
C’est l’Afrique à l’état brut avec ses rites, ses croyances et ses démons, où Dieu n’a pas peur de frayer avec les gourous, où un enfant n’a que la valeur de ce qu’il peut rapporter, une Afrique à la dérive pleine d’excès et de cruauté.
Elle nous conte l’histoire de Musango (la Paix en camerounais), qui après avoir été pendue au manguier, fouettée avec des bambous, avait été attachée nue sur le lit, du papier journal dans le nez et les oreilles, avec sa mère qui s’apprêtait à y mettre le feu. Elle pensait qu’elle était maudite, atteinte du mauvais œil. La vieille sorcière sauva la vie de la fillette car brûler son corps n’enlèverait pas le pouvoir des esprits, il suffisait de la chasser et de purifier la maison après. Elle n’avait que neuf ans, mais en paraissait sept tellement elle était chétive, elle se retrouva à la rue, nue, sans avoir mangée depuis trois jours. Son père était mort sans avoir épousé sa mère la laissant sans argent, reniée par sa belle famille, elle-même reniant la sienne, seule avec sa folie et tous ces sorciers, conseillers de mauvais augure, qui savent profiter des âmes les plus faibles, « qui peut dire à une femme que la chair de sa chair n’est pas un être humain ».
Musango survivra, la vie va dominer la mort. Elle se retrouvera comme bonne à tout faire dans un camp où un proxénète du nom de « Vie Eternelle », avec ses amis « Lumière » et « Don de Dieu », prépare à la prostitution des jeunes filles qui veulent « se faire la France ». Mais le destin d’un africain, est il d’aller « faire l’Europe » et de revenir au pays avec le label Occident pour écraser avec dédain les siens plus ignorants. « Ils oublieront que la ligne était dans leur main et qu’elle n’indiquait pas la fuite ». Ces trois là, outre la traite des femmes, donnaient aussi dans l’arnaque spirituelle, et la foi qu’ils professaient dans leur temple était un mélange de prétendus rites africains et d’interprétation toute personnelle de la bible. « Il faut frapper les esprits, mettre les âmes à genoux, laver les cerveaux, tout cela dans le seul but de soutirer aux fidèles une partie de leurs revenus ». Ils arrivent à faire croire à leurs fidèles qu’il faut d’abord descendre en enfer pour atteindre le paradis, et aux femmes qu’elles doivent recevoir la semence masculine au moins une fois par mois, les célibataires et les veuves seront alors données de force à un homme appelé « le nettoyeur ».
Mais Musango n’aura de cesse de retrouver sa mère, elle se l’imagine, lui parle, « il n’est que de l’ombre sur mes jours et tu ne me quittes pas », elle essaie de vivre sans, il y a tant de choses que sa mère aurait dû lui apprendre, elle n’a aucun repère, la clé de sa liberté est cachée sous la colère qui lui a tari ses larmes. Elle lui fait des reproches mais sans haine, « tu ne m’as rien donné, mais peut être n’avais tu rien…Il me faut remonter à la source de ton existence pour trouver l’origine du mal ». Trois ans cela dura, une deuxième gestation avait commencée avec un rêve fou celui de la retrouver, rêve d’amour irréalisable, « nous ne serons jamais une mère et sa fille, je m’en arrangerai…ce sera notre histoire que ce silence intense, ce sera notre attachement …je n’aurais pu que coudre des points fragiles encore trop lâches sur la béance qui nous sépare, cela aurait très vite rompu ». Grâce à sa mère elle aura au moins appris la voie à ne pas suivre, et grâce aux femmes rencontrées lors de son périple, notamment son institutrice, sa grand-mère maternelle Mbambé et son nouvel ami Mbalé (la Vérité), que c’est à son tour de vivre et de suivre les « contours du jour qui vient ».
Un beau roman que cette histoire vue par les yeux de cette fillette plus que mature qui a fait l’impasse sur son enfance. Il nous montre la complexité des rapports mère fille dans cette Afrique qui est celle des femmes même si ces dernières n’ont toujours pas le beau rôle face au machisme, à la puissance de l’occulte et à la foi truquée. Miano est un grand écrivain qui fait passer à travers sa plume toutes les ambiances, les couleurs et les senteurs de son pays natal. On est saisi par sa grande maîtrise de l’écriture et l’on ne résiste pas à la poésie qui se dégage de ce livre à découvrir sans faute.

la vie mentie de Michel DEL CASTILLO




LA VIE MENTIE
Michel DEL CASTILLO
Editions Fayard
08/2007 – 374 pages



Le nouveau roman de Michel Del Castillo est un nouveau règlement de compte avec l’ Histoire, la sienne propre et celle de l’Espagne. Le narrateur, Salvador, ancien soixante-huitard, à la réussite confortable dans le monde de la communication, marié et père d’une petite fille (qu’il avait eu, comme il possède un appartement, une voiture…), et qui frôle l’alcoolisme par indifférence à la vie qui l’entoure et dégoût de soi. Il va alors essayer de reconstituer le puzzle familial, en creusant dans le passé de ses parents et surtout de ses grands-parents.
Sa grand-mère, Vera, qui s’est recluse d’elle même dans une maison de retraite provinciale, sort de son mutisme et laisse échapper par bribes l’histoire da sa vie. Née à Berlin de parents juifs, elle fuit l’Allemagne nazie pour vivre un amour passionné avec un espagnol, brillant universitaire, disciple de Miguel de Unamuno. Son mari disparaît dans des conditions tragiques, la guerre civile et ses horreurs sont là, il est question de cruautés, de délation, de laisser faire, d’honneur et de remords.
Son père, Gonzalo, inexistant dans son enfance (au même titre que sa mère d’ailleurs, qui elle, s’est toujours défilée par pur égoïsme), a refait sa vie en Angleterre, et est devenu alcoolique. Il refait surface dans la vie de Salvador à un moment ou la mort le frôle, le précède. Cet homme avare de confidences, laisse une brèche s’ouvrir dans les souvenirs de son enfance, pont relais avec ceux que veut bien distiller Vera.
C’est d’ailleurs l’annonce du suicide de ce père méconnu, la perte de la mémoire de cette grand’mère tant aimée, ses compromissions dans une manipulation médiatico-politique, et son détachement pour sa cellule familiale ( il laisse presque avec plaisir sa femme partir avec un de ses amis), que Salvador va s’exiler en Espagne, à la poursuite des démons de son passé, ce qui lui fait dire : « Je savais que l’important n’est pas ce qu’on possède mais ce qu’on cherche »
Un roman foisonnant d’idées, de débats de fond différents, que ce soit la guerre civile espagnole ( j’ai été, je l’avoue, un peu dépassée sur ce sujet ainsi que sur Unamuno), les grandes magouilles des sociétés de communication pour camoufler des bénéfices records et dépénaliser des licenciements collectifs sous couvert de mondialisation, les problèmes liés aux maisons de retraite , à l’alcoolisme, à la solitude, à la difficulté d’être, d’assumer ses choix.
Pour Vera « Vieillir c’est pactiser avec les regrets », pour Michel Del Castillo espérons que son lourd passé nous donnera encore de beaux romans, riches de tourments de toutes sortes et si bien écrits.


Belle soeur de Patrick BESSON


BELLE SŒUR de Patrick Besson
Editions Fayard - 08/2007 - 240 pages


Une idée originale, un homme tombe amoureux, le jour où on la lui présente, de sa future belle-sœur. Au siècle dernier, cela aurait pu donner un roman riche en sentiments exprimés ou refoulés, dans un style réaliste ou romantique. Mais on est au vingt et unième siècle, l’ère des « people », des produits « light », l’auteur n’échappe pas à son époque.
Ses personnages : Gilles journaliste évènementiel, inodore et incolore pour sa mère, son frère cadet Fabien, comédien et beau comme un dieu, un peu drogué, beaucoup alcoolo, mais le fils préféré et adulé, enfin Annabel, fiancée de Fabien, intéressée, mal aimée et en mal d’enfant. Le premier va entretenir son fantasme pour Annabel, essayer, pour une fois, de supplanter son frère qui lui a volé son droit d’aînesse grâce à la célébrité, y réussir, mais est ce pour les bonnes raisons ? Annabel est plus sournoise et calculatrice qu’il n’y parait.
« ce qu’Annabel n’aimait pas chez Fabien, c’était qu’elle l’aimait, ce qu’elle aimait chez moi, c’était qu’elle ne m’aimait pas. Mon frère lui prenait une liberté que je lui rendait, celle des sentiments »
L’intrigue : elle est alambiquée comme ses personnages, dès le début on sait le dénouement
tragique qui ponctuera cette histoire, reste le pourquoi? Le pouvoir de l’argent, de la célébrité.
Peut être pour bien nous faire sentir ce pouvoir, Patrick Besson nous livre un bottin mondain et gourmand parisien, chiffre et adresses à l’appui, inintéressant, on a même droit au contenu chiffré du caddy d’Annabel (panier de la ménagère de moins de 50ans de Neuilly), déballage d’infos qui n’apporte rien, du remplissage.
Dommage, reste un livre qui se lit vite, et qui s’oubliera vite. Aurait pu mieux faire.



Thera de Zeruya Shalev


« Thera » de Zeruya SHALEV
Gallimard-(février 2007)-492pages


Zeruya Shalev, écrivaine israélienne, a choisi l’écriture pour sonder les sentiments, les désordres de l’âme humaine, plutôt que de narrer les conflits politico-religieux de son pays, même si elle-même en a subi les méfaits, ayant été lourdement blessée dans un attentat.
« Thera » son dernier roman, fait référence au nom antique de Santorin, où Ella son héroïne, archéologue de métier, participe à des fouilles, mais dans ce récit il s’agit plus de fouiller son monde intérieur émotionnel suite à la rupture de son couple, avec toutes les remises en question que cela comporte. Elle va décortiquer le pourquoi, le comment et les conséquences de cette rupture dont elle est l’initiatrice.
Elle manque d’air, son mari Amnon ne lui apporte plus rien, l’irrite, elle a perdu l’admiration des débuts voir l’estime qu’elle avait de lui, elle juge sévèrement son égoïsme masculin dans son rôle de père, qui ne renonce à rien et ne donne du temps à son fils que lorsque ses propres priorités sont assouvies. « L’amour s’est usé, est tombé malade, a perdu de sa vigueur, pour finir par mourir...comme une corde de guitare rompue». Le constat d’échec est radical, « mieux vaut vivre seule que dans l’hostilité mesquine et revancharde ».
Principale conséquence, les remontrances de son père qui parle de malédiction, lui fait un cours sur le bonheur, qui se résume à un engagement familial, une sorte de pacte que l’on ne renie pas. « Vous surmonterez les difficultés parce que vous saurez que vous n’avez pas le choix, tu seras étonnée du soulagement que te procurera le fait de rayer définitivement de ton esprit toute possibilité d’une autre vie avec d’autres partenaires ». C’est une histoire de sacrifice qu’il lui propose, l’abdication de son libre arbitre. Elle saura résister à ce père imbu de sa personnalité, en souvenir de sa mère qui disait amen à son mari, mais déversait son trop plein de doléances, sa détresse, sur sa fille, la prenant pour juge, et lui intentant avec elle un procès derrière son dos. Elle avouera d’ailleurs à sa mère, qu’elle quitte Amnon, pour ne pas devenir comme elle.
Curieusement, la séparation n’amènera pas la tranquillité escomptée, « elle se sent comme un prisonnier qui a mis tellement de temps à s’échapper, qu’il a perdu la possibilité de jouir de sa liberté ». Elle arrive à douter de sa décision, elle tombe dans la contradiction, planifie un retour vers son mari, abdiquant devant toutes ses anciennes résolutions pour retrouver une famille, un bonheur lisse, qui limite les espoirs et tue les rêves, mais qui, en contrepartie octroie une grande sérénité. Mais que se cache t’il derrière ce besoin de revirement ? La peur, la culpabilité, la blessure narcissique? Amnon n’y croit plus, et fait ce constat amer, « Tu es peut-être capable de tomber amoureuse, mais pas d’aimer, dès que tu es déçue, ton amour se fige…tu es exactement comme ton père, dire que tu as tellement souffert de lui et que maintenant tu reproduis la même chose ».
Elle est en permanence dans le questionnement. « Y a t’il une formule magique transmise de génération en génération pour le bonheur ? Est-ce que le bonheur ne rend visite qu’à ceux qui y croient, se cachant de ceux qui doutent ? Son amie Dina, psychothérapeute, lui affirme que « notre système affectif ressemble à un bal masqué, ce n’est qu’avec le temps que l’on peut commencer à comprendre qui est déguisé en quoi…C’est la dure cruauté des créanciers affectifs ». Reste à exister au milieu des contradictions. « Même si en ce moment tout va mal, cela n’implique en rien que c’était mieux avant, ni que ce ne sera pas mieux après, tristesse ne veut pas obligatoirement dire regret, regret ne veut pas obligatoirement dire erreur ». Pour trouver le repos, elle doit écarter le passé de son chemin, sa nouvelle solitude est faite d’invitations par son amie Dina, au milieu de célibataires à caser, et de couples qu’elle qualifie de par leur comportement, de « piqûre de rappel pour divorcés ». Mais comment tomber de nouveau amoureuse ?
Pourtant le hasard est capricieux, comme elle, il la mettra en présence d’Oded, père du meilleur copain de son fils, psychiatre, et en rupture d’amour et de couple aussi. Il deviendra alors l’unique objet de ses désirs. « Etre aimée et comprise, comprise et aimée, les deux ensemble » est sa nouvelle devise. Elle réclamait la liberté, pourtant elle dira, « maintenant que j’ai goûté au bonheur, la liberté ne m’intéresse plus ». Elle ne veut plus être une infirme des sentiments, mais elle a quand même besoin d’être rassurée en permanence. La peur de perdre ce nouvel amour la pousse à de basses manipulations féminines avec Oded, la subtile mélodie des doutes et des hésitations à répétitions reprend. Elle a vraiment besoin de grandir. Il la prendra sous son aile, la maternera, lui dont la volonté est claire triomphe d’Ella qui hésite. Mais les choses pratiques de la vie des couples recomposés ne sont pas si simples. Les heures disponibles pour un bonheur intime se font rares, saura t’elle supporter ces nouvelles contraintes ? L’amour résistera t’il ?
La romancière dissèque avec une incroyable lucidité les faiblesses d’un couple, l’ennui qu’il peut générer, le besoin de liberté de la femme d’aujourd’hui, même s’il elle vit en Israël au milieu d’un monde où la religion donne encore raison aux hommes mais insuffle aux femmes un instinct maternel hyper développé, la cassure irréversible avec toutes les insatisfactions que cela comporte et la déprime inévitable, les remords et les regrets, puis l’espoir. Il lui faudra 500 pages pour se mettre à nue, c’est long, mais les mots pour le dire sont à la hauteur. Une lecture loin de la facilité, tout dans l’introspection, un drame au féminin à la logique humaine mais tortueuse.

un désir fou de danser d'Elie WIESEL




Un Désir fou de danser
Elie Wiesel
Le Seuil (avril 2006) 330 pages



L’histoire retrace la relation entre une psychiatre new-yorkaise et un homme d’un âge assez avancé, qui la consulte parce qu’il pense souffrir de folie due à un excès de mémoire. Il dit lui-même « On peut souffrir mentalement non parce qu’on oublie, mais parce qu’on s’acharne à tout retenir. » Est-il vraiment fou ? Son âme et sa tête se font la guerre. Il s’agit plutôt de se débarrasser des fantômes qui obscurcissent sa mémoire, son « dibbouk » comme il le nomme.
Toutes les folies de l’Histoire sont représentées dans sa propre folie, le chemin est tortueux qui va de sa maison d’enfance en Pologne à New York, en passant par la France et Israël, un parcours d’exilé, étrange et long voyage avec la solitude et la culpabilité pour compagnes, et comme bruit de fond, le vacarme d’un monde devenu fou.
Sa psychiatre écoute ses histoires vécues ou imaginées, essaie de reconstituer ce passé qui depuis son enfance lui procure un sentiment de manque et de défaite. « L’échec est de ma faute » lui confie-il. Il se sent fautif vis-à-vis de ses parents. Avait-il le droit de les juger surtout sa mère ? Un fardeau lourd à porter, mais tout un chacun a ses propres démons. Il cherche un guide qui le ramènerait à lui-même. Il fera le chemin tout seul. Une longue attente ou le repos ne lui sera accordé qu’en découvrant l’amour, sous les traits d’une jeune femme, dernier refuge, et en plus doté d’un « sourire d’enfant effrayé ».
Et la thérapeute en essayant de rentrer dans son monde, au point de prendre un peu de sa folie, de se perdre elle-même, et de conduire son couple au bord du désastre, devra le laisser à son « dibbouk », lui expliquant que « quand Dieu est l’ennemi, elle refuse le combat ».
Ce livre relève d’une méditation freudienne, il raconte l’apprentissage de la découverte de soi même dans les tréfonds les plus obscurs, c’est une aventure intérieure dans laquelle se déploie la mémoire d’Elie Wiesel sur le vingtième siècle, une réflexion sur la judaïté et l’existence
de Dieu. Pourquoi en veut-il tant à Dieu ? « J’en voulais à celui qui m’avait fait tomber sur cette terre où tout commence dans le doute et s’achève par la victoire de la mort ».
Elie Wiesel, passeur de mémoire, sait faire résonner des mots douloureux tout au long de ce
récit, mais il nous laisse penser qu’il faut quand même croire en un monde meilleur, malgré le fanatisme et la haine toujours présents. Il n’a pas eu le prix Nobel de la Paix pour rien.

Madeleine d'Amanda STHERS


« Madeleine » d’Amanda Sthers
chez Stock, septembre 2007, 154 pages

La Bretagne et ses clichés, le froid, la pluie, le gris même s’il s’agit d’un beau gris bleuté
couleur de mélancolie, et puis Madeleine, 40ans collaboratrice d’une agence immobilière
de Brest, célibataire et sans enfant, un beau portrait de femme, aussi mélancolique que le
temps. Elle n’était pas très jolie, d’ailleurs on ne lui avait jamais dit, et elle s’était dite qu’elle
ne l’était pas, mais aujourd’hui elle se dit « qu’à force de lui répéter, elle aurait pu le devenir,
ou le croire, ce qui revient sans doute au même ».
Elle vivait dans ses rêves mais sans y croire, comme elle ne se souvenait pas d’avoir cru au
Père Noël, pas plus qu’au Prince Charmant, elle ne l’attendait pas d’ailleurs, elle était réaliste.
Elle pensait n’être en fait qu’un objet de curiosité sexuelle, elle prenait ce qu’on ne voulait
pas, « on ne revient guère plus de deux fois dans le sexe de Madeleine, une première fois par
accident, une seconde pour comprendre ce qui nous avait attiré la première fois ».
Son univers ressemble à un electro-cardiogramme plat, son travail, les feuilletons télé, et :
-Rémi, le cousin de son patron, « qui a très peu fait usage de son sexe, c’est pourrait-on dire
une première main, à part quelques révisions auprès d’une prostituée, et toujours la même ».
Il est gentil, con mais attentionné… et des points communs dans leur détresse et la peur de
l’avenir.
-Pépé Jacques, un grand oncle en maison de retraite, qui joue le rôle du vieux pervers « pour
ne pas parler de la mort qui le réveille en sueur chaque nuit, et qui, un jour, ne le réveillera plus
du tout », et qui supplie Madeleine de vivre par respect pour ceux qui n’avaient plus le choix.
Un jour, un coup de fil lui annonce un visiteur parisien à la recherche d’une maison, un certain
Castellot. Ce dernier n’arrive pas à faire le deuil de son père, breton d’origine modeste, qui a
fait fortune dans l’emballage des crêpes, mais « n’a jamais su avoir l’air de ce qu’il possédait ».
Il lui reste un malaise fait d’une gêne de ses origines alors que lui-même a bien réussi
professionnellement et s’est marié à une femme qui ne sait pas ce que c’est que « manquer »,
et se refuse à suivre son mari en Bretagne. Castellot lui, veut essayer de se réconcilier avec la
Bretagne, pouvoir pleurer son père et renouer une rencontre affective avec les lieux de son enfance.
Au lieu de cela, ce fût une rencontre bestiale avec le sexe de Madeleine, désir animal pour cette
femme qu’il ne connaît pas, et qu’il pense ne jamais revoir. C’est sans compter sur le magnétisme
des corps. L’attraction purement charnelle qu’il a pour Madeleine, cet amour à l’état brut, le
renvoie à celui qu’il aurait pu être s’il n’avait pas échappé au destin que lui prédisait son père.
Madeleine, elle, se condamne à ces attentes, ces étreintes sans lendemain, ces désirs refoulés.
Elle refuse l’amour de Rémi, qui lui déclame sa flamme lors d’un karaoké, en lui chantant du
Brel, « Madeleine que j’attends là…elle est toute ma vie, c’est mon Amérique à moi… »
Elle vit son fantasme. Cet homme dont elle ne connaît même pas le prénom, qui lui conseille
« de se jeter à l’eau, de nager, la confiance et l’envie viendront après », elle le prend tel quel,
pour le temps qu’il veut bien rester, sachant bien qu’un soir il aura disparu.
Mais ces deux êtres aux enfances saccagées, lui, en perdant sa mère à sa naissance, (Antoine,
son prénom, la seule chose qu’elle lui ait donné), elle, née d’une mère castratrice, (Pourquoi
a-t elle a pu atterrir dans ce ventre là ? Mais où est passé le cordon ?), vont se rapprocher le
temps d’une réflexion sur eux-mêmes, leurs vies, leurs peurs, leurs envies. L’espoir c’est quand
la vie peut basculer de la peur à l’envie.
Amanda Sthers nous embarque dans cette histoire d’amour impossible, dans un style direct
parfois cru, avec une sensibilité attachante pour ses deux personnages. Il y a un peu de Madeleine
et de Castellot en chacun de nous. On ne boude pas son plaisir et on déguste son roman d’une traite.

Pension alimentaire de Eric NEUHOFF


« Pension alimentaire »
de Eric NEUHOFF
chez Albin Michel
août 2007, 134 pages


Un titre un peu déroutant, puisque même s’il s’agit d’un divorce, il n’y est pas question d’argent, juste de la rupture, banale à première vue, mais est-ce qu’une rupture peut-être banale ? Chacune a son histoire, celle de Eric Neuhoff est plutôt désabusée, cruelle et drôle.
En fait, on a l’impression que ce qui lui reste en travers de la gorge, ce n’est pas la pension alimentaire, mais celui qui a pris sa place auprès de sa femme, et surtout de ses enfants, le voisin du dessus, le monsieur de la pub à « 20 briques par mois », celui qui, sous prétexte d’être aussi divorcé, s’infiltra dans sa nouvelle vie, lui jurant une amitié éternelle.
Cela donne un portrait au vitriol d’un arriviste, qui se croit tout permis, d’une vulgarité qui
frise l’indécence dans le milieu de l’édition, qui est celui du narrateur, qui boit tout et n’importe quoi juste pour le plaisir « de se bourrer la gueule », amateur de partouzes et de
filles qu’on paie. Pour l’auteur, « on ne pouvait pas appeler ça un ami, non, …il était disponible…il y a des périodes ou l’on n’est pas très exigeant sur ses fréquentations, on baisse
le curseur, pas de quoi se vanter. »
Mais qu’est ce que son ex-femme a trouvé à ce grossier personnage, alors que du temps de leur mariage, il l’insupportait ? Et puis l’imposer à ses enfants et leur interdire d’en parler.
C’est aussi une chronique douce amère sur la séparation, « une déchirante douceur », la fin
de l’amour et le retour au célibat, « cette fausse adolescence retrouvée ». Il écrit :
« Bizarrement, Camille ne me manquait pas. Nous nous étions éloignés; nous existions en
parallèle. Nous nous étions appris par cœur. C’était trop. Plus rien à découvrir, plus rien à
espérer. Représailles immédiates. Les qualités avaient épuisé leur crédit. Les défauts de l’un
n’avaient plus de secrets pour l’autre. Lourd passif. Nous n’étions même plus capables de
nous décevoir. Nous n’avions pas eu le temps de nous haïr pour de bon…Entre nous, il n’
était plus question d’amour ou de sentiments, mais d’incapacité à rester ensemble dans la même pièce. Deux blocs d’hostilité et d’incompréhension. On n’avait plus que le silence affronter …Nous avions commencé à voir toute chose sous un jour différent. Mieux valait tourner la page, éviter trop de dommages collatéraux. Dans la mesure du possible on avait évité le bain de sang. Nous avions élevé notre mur de Berlin. Bientôt nous parlerions des langues étrangères. Nous étions entrain d’oublier les saisons de notre amour comme on disperse des cendres en pleine nature…Voilà où on en était arrivé. On avait touché le fond. Notre couple était un monde perdu »
Si Eric Neuhoff s’inspire de son expérience, et renvoie, pour certains, de ce fait, aux nôtres propres, il le fait avec beaucoup d’autodérision, le sens de la formule, une plume légère, une façon à lui de tenir sa vengeance. L’indifférence on le dit, est le meilleur des mépris !!!
Finalement un roman léger à savourer comme un plat salé sucré.

Profession..., tueur de Richard DEYRIEUX


Profession …, tueur !
de Richard DEYRIEUX
Editions du Lau 2006 – 250 pages

Un héros qui d’entrée de jeu (drôle de jeu d’ailleurs), nous annonce qu’il a du boulot pour la semaine, deux contrats à honorer, tuer un dealer malhonnête (oui ça existe) et la petite amie d’un mac qui renâcle au travail (qu’est-ce qu’elle fait avec un mac ?), le ton est donné, et le titre du livre ne porte
plus à confusion !!! Notre tueur à gage, appelons un chat un chat, un beau gosse célibataire qui se force à paraître ordinaire, est un pro dans son job, pourtant il parait tout droit sorti d’un conte, une sorte d’ange gardien qui fait le nettoyage par le vide des pourris de ce monde. Pour son dealer, pas de problème, même si le commanditaire est tout aussi pourri que lui, mais tuer la petite amie d’un mac parce qu’elle est une piégée de l’amour et qu’elle préfère être caissière que prostituée, lui pause un cas de conscience, il le résoudra par un effet boomerang, tuant le mac et renvoyant la jeune fille dans son pays natal avec une boutique à la clé. Le cœur a ses raisons…n’est ce pas ?
Son intermédiaire pour ses contrats, c’est Bernard, son ami d’enfance, et le mari d’Odette. Celle-ci, amoureuse des deux lors de leur adolescence, a choisi le plus stable mais a une idée fixe, vouloir mettre l’autre dans son lit, son harcèlement frise l’hystérie, fait rire Bernard, mais déstabilise notre héros ! Son unique fournisseur, c’est Georges, un loup solitaire comme lui, sauf que lui va au feu c’est le cas de le dire, et un sentimental des armes, qui les démonte pour en remonter d’autres comme dans un jeu de Lego…Et puis, il y a Catherine, son amoureuse, qui veut un enfant de lui (est ce bien raisonnable !), d’une beauté à rendre jalouse Odette, avec un zeste de perversité enrobée d’innocence. Elle est sa complémentarité et elle sera sa finalité. Il aura la sagesse du samouraï et s’arrêtera à temps. A travers ce livre on va donc suivre un homme chargé d’éliminer des brebis galeuses pour des sommes considérables (le fric menant le monde, il mène aussi des andouilles à se faire trucider), pour un député ripoux il fera en même temps « œuvre de salubrité matrimoniale », pour un général accusé de crimes contre l’humanité il donnera un coup de main aux services spéciaux, mais à chaque fois, il approfondira le cas soumis, s’en imprègnera, étudiera de près ses victimes,les frôlera, les reniflera afin de s’éviter un sentiment de réprobation ou de refus. La morale sera sauve.
Les femmes sont très présentes, toutes plus canons les unes que les autres, très peu habillées, de plus aguicheuses, provocantes tant par le corps que par le verbe, un peu loin de la réalité. Dommage, je suis une femme et j’ai eu l’impression d’intégrer la partie du cerveau des hommes qui est reliée directement au bas de leur ceinture, là où se réalise tous leurs fantasmes, mais je suppose que les fréquentations d’un tueur de haut vol ne peuvent être que des amazones de haute voltige.
Pardonnons à l’auteur car il a vraiment beaucoup d’humour, et son polar qui pour une fois ne met pas en scène des policiers ou des détectives se lit avec un plaisir jubilatoire.

mercredi 22 octobre 2008

Sournois d'Alexandre CLEMENT




SOURNOIS d’Alexandre CLEMENT
Editions l’Ecailler du Sud - 01/2007 - ISBN 978-2-3529-9002-4 (222pages) Prix du Polar Marseillais 2007

Les quartiers Nord de Marseille, une « zone » avec ses barres en bétons comme dans tous les quartiers défavorisés des autres villes, sauf qu’ici elles dominent la mer et sont baignées de soleil, même si ce dernier associé à la chaleur n’est pas d’un grand réconfort pour ses habitants car seul l’horizon est ensoleillé, on est dans un roman noir, une chronique sociale sur la banlieue, zone de non droit ou brasier qui ne demande qu’à s’enflammer sous ce soleil de plomb.
Noé, abandonné par sa mère qui s’est fait la malle sans rien dire, sans père reconnu, mis à la porte des HLM, seul à la dérive, compte bien faire partie des assistés et gratter quatre ronds en tant que parasite social, mais il n’est pas assez vieux et plus assez jeune, raté, il faudra se démerder autrement. Il va rencontrer Hans, drôle d’épicier venu d’on ne sait où, peut être des pays de l’Est, mais parlant bien le français et blanc comme lui, une rareté dans cette cité. Hans vient d’acquérir une station service désaffectée, il va la remettre en état et en profite pour embaucher Noé, il va lui adjoindre Faye, un noir un peu simplet, mais grand et solide comme un roc. Hans n’est pas un radin, l’argent aidant, Noé va prendre goût au travail, il va même faire des projets d’avenir, rêver de s’en sortir, il faut dire qu’Adila y est pour beaucoup. Cette jeune beur, sapée comme l’as de pique, pas très jolie, mais dont le charme réside dans ses grands yeux noirs, a eu le bonheur de s’intéresser à lui, ils ont été à l’école ensemble, elle fait partie d’une famille où il sont tous plus ou moins zonards les uns que les autres, mais elle est une rescapée de la Cité, douée pour les études et le violon, préparant son bac et le conservatoire avec sérieux, tout en s’opposant de toutes ses forces à ses frères et au sort que la culture arabe voudrait lui réserver. Le seul personnage fort et positif du roman.
Le commerce de la station est florissant, car Hans en as de magouille, y adjoint un bar avec vente d’alcool et de cigarettes de contrebande à des prix défiants toute concurrence, du shit présenté sous forme de paquets de cigarettes nommés « 7ème ciel », et des parties de poker nocturnes. Mais Hans n’est pas très net, il reçoit des types bien sapés mais avec des têtes d’avis de recherche, il flambe et perd beaucoup au poker, surtout contre Matagrain ce vieux rat plein aux as et de plus fraye avec la femme d’une huile politique. La vie s’écoule avec ces bons et ces mauvais jours et tout continuerait si le Diable ne s’en mêlait pas un peu, les mauvaises idées vont refaire surface, et les ennuis avec. Noé commence à piger ce qu’arrivisme veut dire, il essaiera de profiter de la situation de façon sournoise.
Alexandre Clément pour un premier roman nous livre un polar social qui jauge les recoins sombres de notre société mais en toute simplicité, on sent le poids de la vie quotidienne sans avenir de ses personnages, mais il ne les juge pas au contraire on sent qu’il a beaucoup de tendresse pour eux, et même à la mort d’un pourri il y a quelqu’un pour le regretter. De plus le langage est riche et approprié pour un livre qu’on se surprend à lire « avé l’accent ».

Le rapport de Brodeck de Philippe CLAUDEL


Le rapport de Brodeck de Philippe CLAUDEL
Stock – Août 2007 – 416 pages

Prix Goncourt des Lycéens 2007


L’histoire est une allégorie, qui se passe pendant la dernière guerre dans un pays non défini, une frontière de l’Allemagne on suppose, ce pourrait être la Pologne, l’Autriche, ou même l’Alsace, vu les noms des personnages a consonance germanique.
Brodeck est le narrateur, un homme qui n’a rien demandé et à qui on demande de raconter l’inénarrable.
Il s’agit de purification ethnique, de délation, de tortures, de culpabilité, mais aussi de survie. La haine de celui qui est diffèrent « L’Anderer, L’Autre » qui aurait pu d’ailleurs être le titre du livre. On pense à la shoah, à l’histoire de l’humanité, à ce monde terrible ou le crime a l’air d’une fonction naturelle et l’oubli de ces crimes des petits arrangements entre amis.
L’envahisseur résume sa demande de purification en racontant une anecdote concernant une variété de papillons qui vivent en groupe, tolèrent assez souvent d’autres espèces que la leur, mais qui, dès lors qu’un prédateur survient, se préviennent entre eux du danger, sans en avertir les autres, ce qui revient a les livrer au prédateur. «Lorsque tout va bien pour eux la présence d’un ou plusieurs individus étrangers à leur groupe ne les dérange pas, peut-être même en profitent ils d’ailleurs, d’une façon ou d’une autre, mais dès lors qu’un danger se présente, qu’il y va de l’intégrité de leur groupe et de sa survie, ils n’hésitent pas à sacrifier celui qui n’est pas des leurs. »
Reste après, à s’arranger avec sa conscience, mais la mauvaise conscience dès qu’elle devient collective, est souvent celle du voisin.
Philippe Claudel nous livre un roman fascinant qui nous hante et réveille de vieilles questions sur la noirceur de l’âme humaine, souvent générée par la peur et la lâcheté. « L’idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L’une et l’autre s’engraissent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu’à se propager. »
Un roman stupéfiant, qui se lit et se vit a rebours, en même temps que Brodeck remonte le temps pour écrire son rapport, et ses souvenirs.
Une vraie maîtrise de l’écriture, pour un livre grave, inoubliable. Incontournable dans la rentrée littéraire 2007, les lycéens, encore une fois ne se sont pas trompés de prix.

Un homme accidentel de Philippe BESSON


Un homme accidentel
Philippe Besson
Julliard (01/2008) 244pages

Un nouveau Philippe Besson c’est comme une nouvelle cuvée pour un cru réputé, on se dit que çela ne peut être aussi bon que le précédent, on le renifle, on en prend une lampée avant de le déguster, et puis comme c‘est toujours aussi savoureux, on le déguste d’une traite.
Pour cette nouvelle histoire, sous couvert d’une enquête policière à Los Angeles, l’auteur met en présence deux personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer, « leurs mondes étaient sans intersection », un flic sans ambition à Beverly Hills, et Jack Bell, acteur de cinéma, célèbre plus par sa beauté que par son talent. Tout les séparait, et pourtant, le choc fût meurtrier…les accidents de l’amour sont impénétrables… même s’il s’agit de l’amour pour un autre garçon, même si avant cette rencontre il n’en avait jamais touché un seul, même si après cette rencontre il ne pourra plus en toucher un autre.
« Il y a des choses qu’on ne décide pas, des événements qu’on ne voit pas venir, et quand ils se produisent, ou sont au bord de se produire, c’est déjà trop tard…J’ai été entraîné dans cette spirale sans choisir réellement, j’ai plongé sans m’en rendre compte…et puis, aussi, les sables mouvants exercent une telle fascination qu’on ne leur résiste pas »
Le narrateur décrit les failles et les fractures de cet amour qui pousse ces deux êtres à se consumer, avec justesse et délicatesse, sans rien de provocant, même lors de l’acte sexuel. On est dans l’émotion, le ressenti, sans pudeur, une manière de se livrer qui n’a rien d’indécente. Qu’ils soient masculins ou féminins, ce sont deux corps qui s’aimantent, se livrent au jeu de la passion, et cette dernière est universelle.
Philippe Besson a dû être très inspiré par « Le secret de Brokeback Montain » d’Ange Lee, même si l’homosexualité d’un flic dans les milieux branchés de Los Angeles, est beaucoup plus réaliste que celle de deux cow-boys au milieu des troupeaux, mais il reste le même désir violent, la même sensibilité à fleur de peau, la même autodestruction, la mort pour l’un, la solitude et les regrets pour l’autre.
«Nous n’avions pas fini de nous aimer…un amour total, pourquoi çà s’arrêterait ? Le problème, c’est que moi j’ai survécu… J’essaie de vivre sans lui, je vous jure que j’essaie, je n’y arrive pas. »
Philippe Besson, la puissance des mots, l’art de décrypter les sentiments amoureux, même contre nature, on en redemande, on veut relire ses premiers romans, et on attend le prochain avec impatience.

Se résoudre aux adieux de Philippe BESSON


Se résoudre aux adieux de Philippe BESSON
Juillard – 01/2007 – 188 pages

Bernard Pivot a dit de Philippe Besson « c’est un spéléologue de l’intime », à juste raison pour ce roman, descente au fond du gouffre de la mémoire, pour découvrir ce que coûte une rupture, et le mal que l’on a souvent à « se résoudre aux adieux ».
Rupture d’un couple vu du côté féminin, c’est lui qui l’a quittée, lâchement ! Mais s’agissait-il d’un couple ? Lui, avait quitté une femme soumise, qui lui promettait une union cocooning où tout est prévisible, il y retournera d’ailleurs après une escapade de quelques années avec notre héroïne, elle, journaliste, issue de la vague féministe contestataire, qui n’aime pas les routes toutes tracées, et qui pensait avoir l’entier contrôle de ses sentiments.
Elle va donc vivre la fin de son histoire d’amour, sous forme d’un road movie littéraire, qui ira de Cuba à New York puis Venise, pour finalement rentrer à Paris via l’Orient Express, pensant que le luxe pouvait donner un peu d’élégance à sa tristesse, ou la rendre plus supportable. Son règlement de compte intérieur se fera sous forme de lettres qu’elle enverra régulièrement à son ex-amant, sans espoir de réponse, (encore une question de lâcheté), mais l’écriture n’est elle pas le moyen de dialoguer avec soi-même, on écrit avant tout pour soi.
Pensant que la mémoire freine la convalescence, elle veut apprendre à vivre avec ses souvenirs, ne plus être dans le ressentiment, dominer son chagrin, encore une histoire de contrôle de soi. Mais elle se rend compte que « l’oubli, n’est pas un événement qui se provoque, c’est seulement avec le temps que les êtres s’estompent, sans s’effacer entièrement du reste ». Elle compare son sentiment amoureux à un vieux vêtement, qu’elle jugerait importable, démodé, mais pour lequel elle a de la tendresse, car il lui parle d’un autre temps, qui lui était heureux.
Elle revient sur ses années de bonheur, plutôt ses certitudes de bonheur, car la mémoire toujours idéalise, elle se rend compte que leur couple était basé sur un manque de confiance totale, sur un fond de résistance commune, ou aucun des deux ne veut abdiquer son libre arbitre. Elle est lucide et dit, « si çà se trouve, j’aurais assoupli mon échine, les amoureuses renoncent à une part d’elle mêmes, c’est même à cela qu’on les reconnaît…mais à la fin, je crois que je n’aurais pas changé, rien abdiqué ». La rupture est le prix à payer pour une existence docile dont elle n’aurait pas voulue. Aimer ce n’est pas gagner à tous les coups.
Cet éloignement, ce changement de décor, pour vivre cette rupture, n’aura rien changé, « ce qu’on regarde n’est pas au dehors, mais au-dedans », elle reviendra à Paris, avec le même désordre affectif, se comparant à une mouette engluée de mazout, qui par un heureux coup du sort et un instinct de survie plus fort, se hisse et s’en sort. « Le désespoir çà donne du talent, il faut croire ».
Philippe Besson, nous livre là, une histoire d’amour au passé et une solitude au présent, avec ses interrogations, ou plus d’une d’entre nous pourra, trouver un écho à sa propre histoire, et renouer avec ses propres fantômes. Reste l’avenir, l’auteur nous réserve un happy end, un lâché prise, une vengeance toute en douceur.

L'élégance du hérisson de Muriel BARBERY



L’élégance du hérisson de Muriel BARBERY
Editions Gallimard – Août 2006 - 359 pages


Prix Georges Brassens 2006 et Prix des Libraires 2007




Un roman original, écrit à deux voix,
Celle de Renée, concierge rue de Grenelle, laide mais érudite, elle lit Kant et Tolstoï,
sensible à la beauté de l’art que ce soit Vermeer ou Ozu, et qui doit se contrôler pour
avoir l’air d’une vraie concierge devant les habitants de cet immeuble cossu, et
hyper bourgeois. Un hérisson qui protège son moi personnel sous couvert d’une
carapace d’épines.
Celle de Paloma, 12ans, fille d’une de ces familles bourgeoises, surdouée, en décalage
avec son milieu qu’elle à décidé de quitter, en se suicidant le jour de ses 13ans, pour
éviter le traumatisme du « bocal à poissons », destination finale pour les adultes.
La différence a tout pour réunir ces deux personnages qui sont en décalage par rapport
à leur milieu de vie, mais surtout par rapport à l’idée qu’on se fait d’une concierge et
d’une adolescente. Le catalyseur est l’arrivée d’un nouveau propriétaire, japonais, qui
s’appelle « OZU » de surcroît, fin, cultivé, sensible, qui devine immédiatement ou vont
ses préférences humaines sans souci d’âge, de condition, ou de beauté.
Un roman érudit qui peut rebuter certains lecteurs, il mériterait d’être plus court.
Certains passages mystico-philosophiques avec des phrases surchargées n’apportent
rien de plus au roman, nous empêchent de rentrer dedans et crée un agacement pendant la
moitié du livre, une sorte de « m’as tu vu littéraire » à mon goût. En fait les épines du hérisson, c’est l’écriture alambiquée de l’auteur.
Ces épines recouvrent quand même une tendresse pour des personnages attachants,
quoique très caricaturaux, dans cet immeuble de bobos.
Mais il s’agit d’une fable, et comme le hérisson, pour trouver l’amour, il doit traverser
la route et y laisser la vie sous les roues d’une voiture. Sa carapace devient alors
inefficace. Au lieu de lire Kant, Renée aurait elle du relire son code de la route ?
Un engouement du public pour ce livre, des ventes surprenantes dues au bouche à oreille,
mais est ce que tous ceux qui l’on acheté l’ont vraiment aimé, ou il y a-t-il en nous une part cachée de concierge rêvant de lire Kant ?

mardi 23 septembre 2008

Djebel de Gilles VINCENT


DJEBEL de Gilles VINCENT
Timée Editions – 08/2008 – 327 pages


Pour son premier roman Gilles Vincent nous offre une sorte de thriller qui se déroule de nos jours à Marseille, mais avec pour toile de fond la guerre d’Algérie il y à quarante ans.
En 1960, un jeune appelé plutôt fragile, Antoine Berthier, n’a pas trop eu à souffrir des atrocités de la guerre sous les ordres du Capitaine Murat pendant ces dix huit mois, mais ses amis Ferrero, Mangin Adj et Michaud vont se charger de l’initier alors qu’il est sur le point de rentrer. Tuer n’est pas jouer, pour certains un fellaga de plus ou de moins c’est sans importance, pour Antoine Berthier ce fût deux de trop. Sur le bateau du retour, il se suicidera. Pour Murat et son équipe, pour l’armée, pour sa famille, ce sera « mort au champ d’honneur ».
Les guerres n’ont jamais renvoyé chez eux que des hommes abîmés. Quarante ans plus tard, sur le point de mourir, Michaud décide de se libérer de son secret et de révéler le suicide de Berthier à sa sœur jumelle Viviane. Pour elle c’est le choc, qu’est-ce qui a pu pousser son frère à se suicider ? Elle va charger un détective privé marseillais, ancien des stups, Sébastien Touraine, de retrouver les hommes du contingent proches de son frère à l’époque. Le passé va alors refaire surface d’une façon macabre, en une journée, Ferrero, Mangin et Adj vont y laisser leur peau. Décidément la mort du petit
Berthier portait en elle bien plus qu’une simple interrogation.
Touraine va s’allier à Aïcha Sadia, jeune femme d’origine kabyle, commissaire de la police marseillaise, « belle et tragique à la fois, un peu comme l’Algérie finalement ». Mais celle-ci va voir remonter à la surface ses peurs d’enfant qu’elle avait refoulées, récits à voix basse des plus grands sur les atrocités commises, petites filles violées et garçons égorgés devant leurs parents, tortures à la gégène…Elle sût qu’elle avait rendez vous avec la terre des siens. « Les nuages des anciens n’ont pas de frontière, et peuvent à tout moment assombrir nos vies que l’on pensait lumineuses ».
Ces deux là vont se plaire, Aïcha va aimer sa ponctuation, ses virgules et ses points de suspension silencieux, Sébastien va quant à lui se complaire à suivre ses points d’exclamation, d’interrogation et de suspension et aussi ses parenthèses. Une même respiration sous le ciel marseillais, parfois orageux, mais toutes les villes du sud n’ont jamais rien compris à la pluie, et les folies du ciel ici ne durent pas longtemps. Ils vont partir à la recherche de la vérité, dénicher les faux semblants et relier ce qui parait disparate. Une vrai travail d’archéologues, il va leur falloir extraire, dépoussiérer, et interpréter cette vérité enfouie qui depuis quarante ans reliait une poignée d’hommes du Djebel à ce pays souillé par une guerre qui fût un fiasco et laissa deux peuples qui n’ont jamais pu se pardonner. « Voilà comment le silence, quand il est lourd comme une pierre tombale, peut pendant quarante ans ensevelir une des zones d’ombre de la guerre d’Algérie ».
Un roman passionnant qui se lit d’une traite, avec un personnage à part entière Marseille « une ville d’ocre et de bleu, une palette en relief zébrée, de ruelles sombres comme des veines, et d’artères larges comme des cicatrices ouvertes », une histoire qui quand elle paraît résolue est sujette à rebondissements, et comme un clin d’œil se termine le 11 septembre 2001 avec la diffusion à la télé d’un autre épisode de la folie des hommes. Son détective est attachant, et Gilles Vincent pense en faire un personnage récurrent. On attend sa prochaine enquête.

jeudi 18 septembre 2008

A VENDRE APPARTEMENT A CANNES





























Cannes 06400 (France) Dernier et huitième étage, à l'est vue Californie et mer latérale, dix minutes à pied du centre et de la mer, bus en bas de l'immeuble, commerces à proximité.
2 pièces, 46 m2, 22m2 terrasse (possibilité véranda), refait à neuf, mises aux normes récentes
240 000 euros

samedi 30 août 2008

Parano Express de Josiane BALASKO




PARANO EXPRESS de Josiane BALASKO / Editions Fayard – 04/2006 – 359 pages

Josiane Balasko, célèbre pour ses talents de comédienne, après s’être lancée dans la mise en scène de cinéma et de théâtre, s’est aussi mise à la littérature. D’après elle, c’est grâce à des scénarios qu’elle aurait écrits mais n’aurait pu adapter. Pourtant, « Parano Express », son deuxième livre, est un beau titre pour un film, et le héros, Antoine Meyer, dont l’histoire déjantée se déroule à la vitesse grand V, nous fait pensé par sa poisse à répétition à une sorte de François Pignon.
Antoine Meyer avait tout pour être heureux, un bon boulot, et Laetitia, une femme superbe qu’il allait épouser et, « De toutes celles qu’il avait connues, Laetitia l’emportait haut la main ». De plus c’était elle qui avait pris la décision de se marier et, « sans vraiment se l’avouer, il avait toujours pensé qu’il y avait maldonne ou erreur d’aiguillage, fatalement à un moment ou à un autre çà allait merder, et c’était maintenant ».
Pourquoi, à cette terrasse de bistrot, a-t-il cédé à cette vieille femme sourde et muette qui lui a forcé la main en lui laissant un porte-clé et une enveloppe ? Pourquoi a-t-il ouvert cette fameuse enveloppe qui lui disait « vous allez perdre votre femme et votre travail, mais ne vous découragez pas ». Là, le destin va jouer les malins…et quand, le même jour, il va retrouver Laetitia sur un jeu vidéo porno « Virtuelle vicieuse », perdre son boulot, avoir un accident de voiture, et se retrouver à la rue après la perte de ses clés d’appartement, il en sera à peine étonné, il y avait une logique dans tout çà. Là va commencer une série de rencontres multiples, toutes aussi bizarres les une que les autres, mais toutes reliées entre elles, comme si elles participaient à un complot contre Antoine. Coïncidence, magie du hasard ?
La responsable de son accident, Iris, vieille hippie, va prendre soin de lui, le nourrir de tête de veau arrosée de Pomerol. Elle fait des sculptures masculines au sexe démesuré, de forme et de texture originales, qu’elle nomme ses « Tringleurs » et dont elle dit que le sujet est vaste, « la vie de l’homme n’étant qu’un long face à face avec sa queue ». Il y aura Billy, un collectionneur un peu particulier, qui lui fera connaître un bordel pour gérontophiles avertis avec à sa tête Mamie Renée, un chauffeur de taxi tueur de vieilles dames, deux sœurs jumelles à la sexualité débridée qui lui feront découvrir le plaisir à la puissance deux, Léo le fils d’Iris, auteur du jeu vidéo concernant Laetitia, Paola la vieille fausse sourde et muette à l’origine de ses déboires, et même sa mère, qui le traite toujours comme un enfant de six ans mais va se faire épouser par un jeune milliardaire et veut régenter sa vie.
Les ennuis ne faisaient que commencer. « Jusqu’à présent le désastre était de l’ordre du malheur ordinaire », il y aura pour Antoine une sorte de glissement vers l’absurde, l’inexplicable, il devenait parano, çà allait trop vite, comparé à des gens qui font du sur place toute leur vie. Son deuxième accident sous le pont de l’Alma, (il aura plus de chance que Lady Di), lui rapportera des côtes cassées et la découverte d’une arythmie cardiaque, « une sorte de résumé de sa vie sentimentale » ! Sa vie devenait « une espèce de puzzle qui se reconstituait à l’aveugle », ou plutôt un jeu de l’oie avec forces cases à chausse-trappes. « Trois semaines exactement qu’il était monté à bord d’un grand huit, sans ceinture, propulsé vers une destination qu’il pensait hasardeuse ».
Trois semaines dans la vie d’Antoine Meyer, prouvent encore une fois que les déboires des autres sont jubilatoires. Antoine jouet entre les mains des femmes, face à son destin ? Mais peut être que le destin n’est que le résultat des choix que l’on fait. En tout cas il en résulte un livre plein d’humour et de bonne humeur, un vrai moment de détente littéraire, et peut être bientôt un film de son auteur.

samedi 23 août 2008

Londres Express de Peter LOUGHRAN


Londres Express de Peter LOUGHRAN (1967)
Série Noire n°1136 – Folio Policier n°236
Traduit de l’Anglais par Marcel DUHAMEL

Un auteur irlandais connu pour ce seul livre traduit en français, mais par Marcel Duhamel ce qui n’est pas rien, ce dernier nous livrant en avant propos ses difficultés à classer cet ouvrage inclassable. Ce fut la Série Noire, pas parce qu’il relève du polar, mais plutôt parce qu’il est noir de chez noir, par l’histoire, l’atmosphère et l’âme du héros.
En effet, pendant 240 pages, on va subir le long monologue d’un triste sire, (aucun paragraphe pour faire une pose), marin de profession, dont nous ne saurons ni le nom ni le prénom, et qui, après une nuit de bordée qu’il nous racontera avec forces détails, doit rejoindre son bateau par le train « Londres Express ». Seul dans son compartiment, avec de la littérature érotique pour compagnie, il verra arriver deux bonnes sœurs et une gamine de sept ans qui voyage seule et que sa tante confie aux deux nonnes qu’il traitera de « suceuses d’eau bénite déguisées en ku-klux de mes deux klan, et qui viennent par paires comme les emmerdements ».
Ce sera le prétexte à des divagations pour refaire le monde, celui de la religion en général et du sexe en particulier, « un gouvernement qui organiserait une chaîne de bordels dans ce pays, il rendrait plus de services qu’avec toutes leurs écoles, leurs églises, leurs prêches et leurs prières…tout le monde au bordel même les curés après la messe…en voulant supprimer la chose, çà devient clandestin ».
Il revient sur sa nuit passée, qui commence par ses déambulations avec une pute qu’il paiera mais dont il n’obtiendra rien, si ce n’est un coup de talon aiguille et qui finit par une rouste des gens du coin dont il se vengera en cassant leur vitres à coup de briques dans un acte de violence jouissif, un dérivatif à son besoin de sexe.
Il n’osera pas ouvrir ses revues, et suivra la conversation des sœurs et de la fillette, ce qui lui permettra de faire des allers retours sur son enfance avec des bouffées de bons sentiments et une tirade jubilatoire sur Sainte Agnès. Mais vis-à-vis des filles, sa conclusion n’est guère encourageante « les femmes ne pensent qu’à se faire grimper et faire des gosses ».
Un drôle de bouquin, dérangeant à souhait, voire malsain, un voyage au bout de l’enfer pour un pauvre bougre pas très futé, « chaud de la pince » jusqu’à l’excès, sans états d’âme, et d’une mauvaise foi chronique, qui se conduit de façon abominable mais trouve toujours des excuses, il est la victime et la société le bourreau. La chronologie est aussi tordue que l’histoire qui va dans tous les sens, on pourrait se prendre pour un psy (un fouille chou comme il dirait) entrain de fouiller le cerveau d’un cinglé.
Et pourtant cette sale histoire ne pas lâchée, à croire que seuls les bons sentiments nous endorment. De plus le ton est incisif, le langage parlé et imagé assorti de drôles d’expressions comme du Frédéric Dard. Je confirme : inclassable mais à retenir.

Wazemmes de Noël SIMSOLO


Wazemmes de Noël SIMSOLO - Editions L’Ecailler du Sud
01/2006 - Collection L’Ecailler du Nord – 235 pages

Guillaume Bravant, lillois d’origine exilé à Paris, peintre à l’occasion juste comme couverture, pickpocket par goût et pour assurer ses moyens d’existence, revient à Lille sur convocation d’un notaire pour l’ouverture du testament Valaudret, un vieil homme milliardaire qui lui a tout légué. Héritage empoisonné, on le comprend vite, un lourd secret liant des personnalités lilloises. Le commissaire Devister, qui enquête sur des meurtres en série de filles qui draguent par Internet, apprend par lettre anonyme que l’accident de Valaudret serait criminel. Le casse tête commence au propre comme au figuré, de violentes migraines le suivront tout au long du récit.
Guillaume, va essayer de se familiariser avec sa toute nouvelle richesse tombée du ciel, il n’avait rencontré le donataire qu’une fois pour lui vendre une toile, et reprendre contact avec ses anciens amis. Dans la bande du Café du Moderne, reste Marcel un vieux prof alcolo, et Julien un avocat sans vocation qui a épousé Colette son amour de jeunesse, les autres étant tous morts.
IL sera d’ailleurs beaucoup question de morts, et de meurtres, les plus abjects datant de la dernière guerre et commis par cupidité. Puis il y aura ceux pour supprimer les anciens assassins pris de remords et ceux pour faire taire les intermédiaires qui en savaient trop. Pourtant depuis cinquante ans ils avaient été raisonnables, ils avaient préféré céder au chantage que passer à l’acte, de plus, leur grand âge permettait de penser qu’une fois mort, leurs cadavres ne seraient pas solvables.
Tout va pourtant s’accélérer, le maître chanteur Valaudret a un héritier Guillaume, ce dernier a-t-il hérité du secret et des documents qui vont avec ? Au fur et à mesure du récit on va découvrir des personnages plus que pourris. Un trio, Sébastien Laumerre, Pascal Tarnonsi et Marceau Constant, trois notables lillois qui doivent leur fortune à celle des juifs qu’ils ont torturés, assassinés et volés pendant la guerre. Des crimes peu honorables que Valaudret ancien résistant a voulu leur faire payer en argent, un autre acte peu honorable ! Un duo, Fabien Lucret et Yves Vanmeer, deux mercenaires gérant une société de vigiles, qui n’hésitent pas à se salir les mains pour les trois autres. Benjamin Froligier, un flic corrompu pour le plaisir, Annette, l’assistante du notaire corrompue par besoin d’argent, et des prostituées corrompues par besoin de drogue.
Ce roman tire son titre d’un village, Wazemmes, raccordé à la ville de Lille, et correspondant au quartier du marché, lieu métissé et branché aujourd’hui. L’auteur, lui-même lillois d’origine, acteur, scénariste, historien de cinéma et romancier, nous conte une histoire au rythme vif, ou se mélange la noirceur des polars américains et les charmes vénéneux d’une bourgeoisie insoupçonnable.